ESSAI: Le Journalisme Comme Instrument Du Mensonge

« Et le Mensonge déguisé en Vérité descendait sur une barge dorée… » Sri Aurobindo (Savitri)
Dédié : à Nandita Judge, qui se battait pour fonder la première école de journalisme au monde qui soit spiritualisée, lorsque la mort l’a cruellement emportée et à Nityanand Trehan.
QU’EST CE QUE LE MENSONGE ?

Avant de se jeter dans le vif du sujet, il serait intéressant de définir ce qu’est le Mensonge, car le titre de cet essai a déjà dû choqué plus d’un lecteur : comment le journalisme, qui nous informe, nous éduque, nous fait connaître le monde, peut-il être un instrument du Mensonge ? Le mot « Mensonge » n’est-il pas un peu fort ? L’auteur n’aurait-il pas pu choisir une appellation plus nuancée : mystification à la rigueur, où bien désinformation ?

Notre atavisme occidental nous a habitués à regarder le monde en noir et blanc : le paradis et l’enfer, les pécheurs et les vertueux, Lucifer et Jéhovah. Plus près de nous, les Américains, ces cow-boys du moralisme, nous ont fait croire que l’histoire de notre bonne vieille terre se résume en une bataille entre les bons et les méchants : Superman, George Bush et John Wayne d’un côté ; Saddam Hussain, Milocevic et Fidel Castro de l’autre. Mais le Mensonge est-il si flagrant que cela ? Lucifer est-il donc si stupide, qu’il montre son visage à découvert, afin d’être plus facilement repéré ? Si c’était le cas, Il y aurait belle lurette que les Force du Bien auraient remporté la bataille contre le Mensonge et que nous évoluerions dans un monde harmonieux, sans guerres, sans injustices, sans souffrances – et sans mort même – car la Mort n’est-elle pas le plus grand Mensonge qui nous guette ?

D’ailleurs, les critères de moralité changent d’une époque à une autre. Les Indiens d’Amérique, qui hier étaient les méchants et les cruels sauvages des westerns américains, se retrouvent aujourd’hui au top de la vertu, parce qu’ils étaient écologues avant l’heure et spiritualistes bien avant que les Américains ne se mêlent de spiritualité. Il se trouve tout de même qu’ils aient été la cible d’un génocide, qu’on les ait chassés de leur terre, qu’on les ait tués et qu’on ait mis leurs enfants dans des écoles chrétiennes, où ils ont perdu le sens de leur culture, de leurs racines et appris à mépriser les remarquables coutumes de leurs ancêtres. Voilà bien le Mensonge, qui se déguise en Bien, la cupidité, la méchanceté et la cruauté qui prennent des airs de civilisation. Les plus grands massacres de l’histoire terrestre n’ont-ils pas d’ailleurs été commis sous prétexte d’apporter la civilisation aux « sauvages », ou bien au nom du « vrai » Dieu ? Jamais on ne dira assez le terrible génocide des Aztèques et des Incas aux mains des Espagnols, ou celui des hindous par les musulmans…

Justement, le vrai mensonge, c’est celui qui endosse des airs de vérité ; le réel Mal, c’est celui-là même qui prétend faire du Bien ; le véritable Lucifer se cache souvent sous des allures d’archange. Les hindous ont parfaitement compris cela : il n’y a pas de Lucifer et de Belzébuth dans l’hindouisme, pas de péché, pas de faute originelle, de chute, et tout ce tralala de notre éducation judéo-chrétienne, qui nous poursuit toute notre vie et nous rend éternellement coupables, même si nous n’avons rien fait de mal. Non, pour les hindous, tout ce qui vous aide à progresser est bon ; et tout ce qui vous retarde sur le chemin est mauvais. Seul le but compte ; et si votre but est juste et dans la droite ligne du Bien (dharma), peu importent les moyens : « tous les chemins mènent à Dieu », disent les Oupanishads. Les hindous, toujours eux, ont trouvé un mot merveilleux pour définir ce qui freine, retarde ou même détruit en quelques secondes des siècles d’évolution : l’Asura. L’asura, l’instrument du Mensonge sur terre, est le plus grand des comédiens et est capable de prendre tous les déguisements – surtout celui du Bien et de la Vertu. Bien sûr, l’asura, c’est d’abord Hitler ou Staline, qui rappelons-le tout de même, ont été admirés pendant longtemps – et c’est pour quoi ils ont été capables de faire tant de mal. Aujourd’hui encore, les derniers marxistes, tels ceux du Parti communiste indien, ont une photo de Staline dans leur bureau ; et le premier Ministre du Tamil Nadu (état du sud de l’Inde) a même appelé son fils (et probable successeur ) Staline ! Mais l’asura s’incarne aussi dans un Chamberlain, qui temporise avec Hitler sous prétexte de ne pas le radicaliser, ou même chez un mahatma Gandhi, une « grande âme », dont la non-violence exacerbée précipita tout de même la partition de l’Inde et coûta la vie à des millions d’Indiens.

L’asura ne se matérialise pas uniquement chez des individus. Cela peut-être une force qui fait bouger les foules, influence les opinions, fait apparaître ce qui est sans profondeur comme élevé, donne au Mensonge une apparence de vertu. Les hommes adorent le clinquant, le brillant et le superficiel. C’est ainsi que des générations d’hommes politiques, tels Ronald Reagan, qui savent parler à la télévision, ont un stock de réparties toutes prêtes pour chaque situation et brillent généralement par une ignorance totale du monde, font le bonheur des journalistes. Mais comment l’histoire jugera-t-elle un Reagan dans cent ans ? L’asura peut également se faire anodin, invisible ; il sourit, il est gentil ; C’est lui qui donne l’illusion du politiquement correct, même si c’est le mensonge incarné ; c’est lui qui empêche les gens de voir, d’entendre et de comprendre quand ils ont la vérité sous les yeux. C’est lui qui faisait dire aux Français de l’Occupation que les Allemands “n’étaient pas si mauvais que cela” ; c’est lui aujourd’hui qui véhicule des idées complètement fausses et néfastes, mais qui ont fait vibrer les idéalistes et les intellectuels du XXème siècle dans l’enthousiasme de leur ignorance. La force asourique la plus tenace de notre époque fut ainsi celle du marxisme, qui s’est servi de l’aspiration de plusieurs générations de jeunes à se sortir du carcan étouffant du capitalisme, pour établir un règne d’intolérance, de terreur et de mort. Aujourd’hui les séquelles de cette idéologie méphistophélique enserrent encore la pensée de l’intelligentsia de gauche occidentale, ainsi que celle de nombreux pays du Tiers Monde. C’est ainsi qu’un Carlos a pu s’exprimer ; c’est ainsi que Pol Pot a pu tuer des centaines de milliers des siens. l’antisémitisme est une autre force asourique qui est encore en cours ; là encore on voit le pouvoir subtil et mensonger de l’asoura : l’antisémitisme primaire qui s’est exprimé librement jusqu’au massacre de six millions de Juifs par Hitler, s’est réincarné dans du politiquement correct : c’est la « juste » lutte du peuple palestinien contre l’hégémonie sioniste. Peu importent que les « gentils » Palestiniens tuent des milliers d’innocents Israéliens à coup de bombes et que les Juifs ne se battent que parce que pour eux c’est une question de vie ou de mort.

Les hindous estiment qu’il y a quatre grands asouras qui se manifestent sur terre. Le « Seigneur des Nations » d’abord : c’est lui qui précipite les pays en guerre, c’est lui l’inspiration d’Hitler, qui entendait des « voix » lui dictant la conduite à suivre ; l’asoura des Ténèbres, qui dans la tradition sémitique a été appelé Lucifer ou Satan ; l’asoura du Mensonge, qui domine le fief de l’argent, celui du pouvoir politique, ainsi que le domaine du journalisme et de l’intelligentsia – et c’est le propos de cet essai ; et enfin le Seigneur de la Mort, que les hindous dénomment Yama et qui sera le dernier asoura à être converti. Car comme la Bible nous le dit, les asouras sont des archanges qui ont chuté, des pouvoirs émanés de la Shakti, l’énergie féminine du Divin, qui se sont coupés de leur source de Lumière. En fait, il n’y a rien de diabolique, il n’y a pas de notion de péché ni même de Chute dans le concept hindou du Mensonge et du Mal : les asouras, c’est le Divin qui s’est oublié afin de mieux se retrouver ; c’est l’Immanent qui est devenu temporel ; c’est Dieu qui se bat contre lui même afin d’atteindre une plus grande perfection. En effet, tout fut perfection dans un passé pas si lointain que cela, comme encore une fois la Bible nous le rappelle avec sa parabole du Paradis terrestre. Mais la pomme d’Adam, ce n’est pas le fruit interdit, pas la chute, pas le commencement du péché, c’est le symbole de la mentalisation de l’homme et de la femme, qui soudainement se regardent manger la pomme et du coup perdent cette spontanéité, cette harmonie paradisiaque – cela pour aller vers une plus grande Perfection.

LE JOURNALISME CONTEMPORAIN

Nous avons cerné l’asoura, définissons maintenant le journalisme contemporain. « Ne croyez jamais ce que vous lisez dans un journal, car 95% de son contenu est subjectif et souvent faux », telle devrait être notre devise. Lorsqu’un journaliste est envoyé en reportage, il subit plusieurs contraintes. D’abord, il doit souvent se conformer à ce que son rédacteur en chef attend de lui. Pendant longtemps, par exemple, un reportage dans les Balkans ne pouvait que souligner le rôle « fasciste » des Serbes, ainsi que le génocide qu’ils ont perpétué sur la personne des « innocents » Albanais et Kosovars. Le diapason fut bien sûr donné par les Etats Unis, qui imposèrent ce conflit à l’Europe – et toute la presse européenne – y compris les médias français, à une exception ou deux, suivit comme un seul homme. Quel journaliste osa-t-il donc rappeler qu’après la victoire de Charles Martel a Poitiers en 732, qui empêcha que toute l’Europe ne devienne musulmane, ce sont les Serbes, géographiquement plus proches de l’empire ottoman, qui défendirent l’Europe et la culture européenne contre l’assaut de l’Islam ? En 1389, les Turques battent l’armée de l’empereur serbe Dulsan à Kosovo (ce nom vous dit-il quelque chose ?) et les portes de l’Europe sont à nouveaux ouvertes aux envahisseurs musulmans. Mais les Serbes résisteront toujours, grâce à des leaders comme Milos Obrenovic 1er, qui unit son peuple contre l’ennemi, ainsi que son fils, le roi Michel Obrenovic qui obtint l’indépendance de la Serbie en 1867. C’est sans doute grâce à Charles Martel et aux Serbes que la culture européenne et la civilisation chrétienne ont survécu en Europe jusqu’à aujourd’hui – et les Serbes ont payé cher de leur sang. Est-il besoin de rappeler également le rôle que les Serbes ont joué pendant la deuxième guerre mondiale, où ils avaient une fois de plus pris le parti d’une Europe libre et démocratique, alors que beaucoup d’Albanais et de Croates se rangèrent du côté des Nazis et commirent les pires atrocités contre les Serbes ?

Il est également dommage que très peu de journalistes aient souligné combien cette guerre des Balkans fut un conflit de couards. Non seulement les alliés étaient à plusieurs contre un, mais ce fut une guerre high-tech, menée du haut de la sécurité d’avions hypersoniques tirant des missiles téléguidés (qui pourtant manquaient souvent leur but). Car, si des soldats américains – à qui la guerre du Vietnam a coupé les couilles et qui sont aujourd’hui incapables de se battre d’homme à homme sur un champ de bataille – avaient été tués, l’opinion publique aurait immédiatement demandé l’arrêt de la guerre. Aujourd’hui, bien sûr, on a vu que les Albanais sont souvent devenus les plus grands fournisseurs de drogue et de prostituées en Europe et que les Kosovars utilisent les armes que l’OTAN leur a gracieusement fournies pour faire du grand banditisme et éliminer les non-musulmans. Mais il est trop tard : il se pourrait bien que ait permis à un cancer de se répandre en Europe et que les sacrifices de Charles Martel et des Obrenovic aient été en vain. Les journalistes n’ont pas rempli leur rôle, qui était de sortir des sentiers battus et de se débarrasser des œillères mises sur nos yeux par les Américains et de l’OTAN, afin d’avertir les Européens de cette guerre injuste. Ceci aurait peut-être permis de mettre un frein au morcellement de la Yougoslavie, qui une fois de plus pourrait avoir des conditions tragiques pour l’Europe.

Et cela est très symptomatique de l’aveuglement du journalisme contemporain envers l’Islam. Pourquoi les médias sont-elles si tolérantes envers les musulmans, au point de presque tout leur excuser – et si intolérantes envers ceux en proie au fondamentalisme musulman, que ce soit les Serbes qui se battent contre les Kosovars, les Russes essayant de juguler le fondamentalisme musulman en Tchétchénie, ou les lndiens qui doivent faire face à un sérieux problème au Cachemire (voir chapitre suivant) ? Il semblerait d’abord que le machiavélisme soviétique, qui fit au début des années 20 des Arabes les « bons » opprimés, et des Juifs les « méchants » oppresseurs – tout cela pour des raisons parfaitement égoïstes – ait survécu longtemps après que les Soviétiques aient disparu. Ce genre de formation asourique, occulte, aveugle, ne connaît aucune logique : Il importe peu qu’historiquement ce soient les Juifs qui aient été opprimés, ou que si le fondamentalisme musulman prend racine en Théchénie, il pourrait se répandre comme un cancer dans toutes les ex- républiques soviétiques ; ou que pour les Indiens, lâcher le Cachemire équivaudrait à accepter la potentielle sécession d’autres états, l’Assam, le Meghalaya, le Pendjab, déclenchant ainsi la balkanisation de l’Inde. Ceci n’empêche pas les médias de toujours donner le beau rôle aux sécessionnistes musulmans, qu’ils soient tchétchènes, kashmiris ou palestiniens ; on en fait des héros, des moudjahidin, des défenseurs des opprimés. Mais encore une fois, historiquement, ce ne sont ni les hindous, ni les Juifs, ni les Serbes qui ont opprimé les autres, mais bien les musulmans qui ont commis les pires des atrocités de par le monde pour essayer d’imposer leur religion.

Les journalistes savent également jouer des bons sentiments de l’opinion publique en nous montrant l’infortuné sort des réfugiés albanais, palestiniens, ou tchétchènes. Il est vrai que le spectacle d‘un peuple déplacé est navrant et que la souffrance de femmes et d’enfants qui ne sont pas responsables des guerres des hommes, semble injustifiable. Mais les Français, qui s’intéressent de plus en plus au bouddhisme tibétain – on dit qu’il en plus d’un million chez nous – devraient savoir que pour les bouddhistes et les hindous, toute action collective ou individuelle porte ses conséquences. Que pour le dalaï-lama, par exemple, le peuple tibétain paye aujourd’hui le « karma noir » qu’il an encouru pendant des siècles : féodalisme, manque d’ouverture au monde, spiritualité devenue trop ritualiste. Ainsi, toujours pour les bouddhistes et les hindous, le karma des massacres commis par un peuple, une nation, ou une communauté, sont payés tôt pou tard, dans cette vie ou une autre. Serait-il possible que les musulmans croates d’aujourd’hui payent les atrocités commises par leurs parents et grands-parents contre les Serbes ? D’un point de vue uniquement cartésien, l’esprit de vengeance se nourrit pendant au moins deux ou trois générations de père en fils. Encore une fois, on, remarque combien les journalistes sont sélectifs dans le choix de leurs réfugiés ; on se rappelle par exemple comment il y a quelques années la quarantaine de Palestiniens qui squattaient le no-man,’s-land entre Israël et la Palestine ont accaparé l’attention des médias, alors qu’au même moment on ignorait tout des dizaines de milliers de Sikhs et d’hindous qui devaient quitter l’Afghanistan lors de la prise de pouvoir des Taliban, après y avoir vécu plusieurs générations. Aujourd’hui, on s’apitoie sur le sort des réfugiés afghans, qui payent des décennies de stupides et sanglantes luttes internes, alors que les médias nous ne nous disent pas un mot des centaines de milliers d’hindous chassés du Cachemire par les musulmans et qui sont devenus des réfugiés dans leur propre pays. L’histoire nous montre qu’un peuple est toujours responsable des atrocités ou génocides commis par ses leaders : Hitler et les Allemands nous en offrent un exmple proche.

« Le choce des civilisations », de Samuel Hutington est un livre prophétique, où il est prédit que le XXIème siècle verra un conflit entre l’Islam et l’Occident allié à l’Inde, avec la Chine prenant parfois le parti de l’Islam. C’est exactement ce qui s’est passé au Pakistan, où les Chinois, qui ont toujours redouté le potentiel militaire et économique du géant indien, ont fourni, d’après des rapports secrets de la CIA, la technologie nécessaire aux Pakistanais afin qu’ils acquièrent l’arme atomique – et même les moyens de porter des têtes nucléaires, grâce à des missiles nord-coréens. Nous voyons également que sous George Bush, et après l’incident de l’avion espion américain, les Etats Unis ont entamé une période de relation conflictuelle avec la Chine, alors qu’ils se rapprochent de l’Inde, qui est démocratique, pro-occidentale et se bat elle-aussi contre le fondamentalisme musulman. Osman Bin Laden, le Taliban, la destruction des statues de Bamiyan et les attentats musulmans contre les Etats-Unis commis dans le monde entier, par des terroristes possédant souvent des connections afghanes et pakistanaises ont sans doute ouvert les yeux du Pentagone. Enfin, deuxième raison, il se pourrait bien que l’Occident ait peur de l’Islam et qu’inconsciemment les journalistes reflètent cette appréhension, cachant ainsi la vérité aux lecteurs. Il faudrait dire que l’Islam du 21ème siècle, qui croit toujours qu’Allah est le seul vrai Dieu et qu’il est nécessaire de mener une djihad pour l’imposer aux autres, constitue une réelle menace pour le monde libre. Mais ceci n’est pas politiquement correct à clamer dans l’air du moment.

On a également perçu pendant la Guerre du Golfe à quel point il existe un véritable phénomène « mouton de Panurge » chez les journalistes. Les Américains, qui ont compris après la guerre du Vietnam (où, entre parenthèses, les médias n’ont fait que dramatiser le côté sanglant du conflit – mais quelle guerre n’est-elle pas atroce – dressant ainsi toute une génération de jeunes contre ce combat qui avait pour but de stopper l’expansion du communisme en Asie), qu’il fallait contrôler les journalistes. On a donc vu pendant la guerre du Golfe le haut commandement américain imposer un seul point de vue –celui des Etats Unis – à une meute de journalistes descendus du monde entier, leur interdisant libre accès au champ de bataille et ne leur fournissant que des compte-rendus et des images soigneusement sélectionnés . La presse européenne n’a pas bronché et comme de sages élèves a répété la version américaine de ce conflit. Du coup, si vous lisiez un reportage, c’est comme si vous les aviez tous lus ! Encore une fois, qui a osé dire (à ce moment là), que cette guerre ne servait que les intérêts américains – d’ailleurs, après la victoire des Alliés, les USA ont raflé tous les projets de reconstruction du Koweït, ne laissant que des miettes aux Européens ? Qui a également pensé à affirmer que l’Iraq pratique un Islam bien plus ouvert et démocratique que le Koweït et que les Koweïtiens ont la réputation au Moyen Orient et en Asie d’être extrêmement arrogants et tyranniques, particulièrement envers les Pakistanais, les Indiens et les Bangladeshis qui font tourner pourtant tourner leur pays ? Là encore, les Américains ont diabolisé un homme – Saddam Hussain – comme ils l’ont fait avec Milosevic. Mais n’ont-ils pas soutenu pendant le XXème siècle des leaders tout aussi sanguinaires : les Pinochet, Duvallier, Mobutu et autres dictateurs ?

Deuxième contrainte subie par les journalistes : ils arrivent généralement sur le lieu de leur reportage nantis des préjugés, a-prioris, fausses idées, qu’ils ont ramassés ici et là, de par leur atavisme, leur culture et leur éducation. C’est à dire, qu’il savent souvent – inconsciemment, bien sûr – ce qu’ils vont écrire, avant même de commencer leur reportage ! Ceci est particulièrement flagrant pour le Tiers Monde. Les trois derniers siècles ont vu la suprématie de l’Occident s’établir sur le monde ; l’Europe a non seulement imposé aux pays qu’elle a conquis ses coutumes, ses principes et ses idées, mais elle continue souvent aujourd’hui de juger ses anciennes colonies d’après des paramètres occidentaux, alors que beaucoup de ces pays ont une civilisation beaucoup plus ancienne que la nôtre et ont développé au cours des âges des coutumes et des idées qui leur sont propres. Les conquistadors espagnols et portugais ont montré que l’épée cohabitait parfaitement avec la croix et que le missionnaire n’était jamais très loin du soldat. Si le prosélytisme a apporté aux pays conquis des bénéfices certains, tels l’hygiène et l’éducation, il a aussi coupé des populations entières de ses racines, leur a appris à mépriser leur culture et à honnir ceux qui pratiquent encore une religion « païenne ».

Cette attitude méprisante pour les indigènes et leurs « dieux », qui n’a plus lieu au 20ème siècle – et a fortiori au 21ème – s’est réincarnée de façon bien plus subtile dans la matière et la manière des reportages sur le Tiers Monde. On ne s’intéresse à ces pays que s’il s’y passe quelque catastrophe ; le lecteur/auditeur européen ne voit souvent que le côté sombre, négatif, péjoratif de ces nations : dictatures, meurtres, corruption ; au mieux on s’attarde sur l’angle folklorique, anecdotique de ces contrées, tel ce reportage photo réalisé en Afrique, qui fit le tour du monde, montrant des cercueils fabriqués en forme de bateaux, voitures, maisons, etc. C’est ainsi que le lecteur/auditeur, au lieu d’être informé (hormis par quelques chaînes, tel Arte, qui ont un très faible niveau d’écoute), reste cantonné dans son ignorance parce que le reporter ne sait pas faire abstraction de ce que lui-même a hérité de son atavisme. Voilà un autre aspect du Mensonge dans le domaine journalistique.

Enfin – et c’est là le cercle vicieux – le journaliste doit satisfaire aux exigences de son lectorat et se conformer aux attentes qu’il a de lui. On nous rabâche constamment que ce lectorat est aujourd’hui nivelé par le bas : la plus grande moyenne ne s’intéresse qu’aux photos-choc, aux potins, aux meurtres, à la vie sexuelle des princesses et aux images-catastrophe. C’est le règne de Paris Match et de Gala, c’est l’éternel boulet attaché aux pieds des rédacteurs en chef : comment satisfaire cet appétit du lecteur pour le petit, le macabre et l’inintéressant ? Mais à qui la faute ? On voudrait nous aussi faire croire que les gens sont devenus plus bêtes depuis trente ans et n’ont plus le loisir de lire des choses sérieuses, à cause du stress de la vie moderne et de l’abêtissement de la télévision. Mais en réalité, c’est souvent la faute des médias, qui créent chez le lectorat/l’audience un besoin de sensationnalisme malsain, qui devient comme une drogue dont le lecteur/auditeur ne peut plus se passer. Le cas de la Princesse Diana est d’ailleurs éloquent.

Cette jeune fille, avec ses qualités et ses défauts, qui menait une vie anonyme et ne demandait rien à personne, est devenue du jour au lendemain le centre d’attention en Angleterre lorsque le Prince Charles fit savoir son intérêt pour elle. A partir de ce moment-là, les journalistes et les photographes du monde entier (et les photographes français se sont particulièrement distingués par leur acharnement) ne la lâchèrent plus d’une semelle, ne lui laissèrent plus un moment de répit, ne lui accordèrent plus aucune intimité. Elle sera pourchassée partout : dans son gymnase, dans sa salle de bains, avec ses enfants, en vacances et on réussira même à écouter ses conversations intimes sur son portable. Elle plaidera avec les journalistes, elle essayera de temporiser en leur accordant des morceaux de sa vie, elle tentera de sauver ses enfants de ce monstre vorace qu’est la presse à scandale. Mais en vain. Elle mourra pourchassée, une fois de plus, par les vautours. Les photographes et journalistes se sont nourris de Diana et ont gagné des milliards de dollars sur son dos ; et non seulement ils ont en fait une sainte après son décès – ce qu’elle n’était pas – réussissant par là-même à se faire de l’argent, même après sa mort ; mais en plus, dernier tour de passe-passe, ils ont réussi à se disculper de leur terrible faute en jetant tout le blâme sur l’infortuné chauffeur, qui n’aurait jamais été si vite si Diana n’avait pas été pourchassée, à un moment où elle cherchait quelque intimité pour vivre ses amours avec Dodi. Honte sur vous, ô mes frères de la Presse : si ceci n’est pas du Mensonge pur et simple, qu’est-ce alors ? Du journalisme qui informe les lecteurs, les éduque, les élève par le haut ? Si au moins le sacrifice de Diane n’avait pas été en vain. Mais les médias en ont-ils tiré une leçon ? …

En plus, c’est les Anglais qui nous donnent la leçon. On nous vante toujours les mérites du journalisme anglo-saxon : un journalisme impartial, un journalisme d’information, qui ne prend pas parti. Et de citer la BBC comme exemple. Deux observations s’imposent : les Anglais sont les plus grands hypocrites du monde, car partout où ils sont passés, ils ont divisé pour mieux gouverner, laissant la zizanie et la discorde derrière eux. On pense à la Palestine, on pense à l’Irlande bien sûr et à l’Inde aussi, où ils promirent aux musulmans, dès le début du XXème siècle, un état indépendant à leur départ, semant ainsi la graine du Pakistan. L’Histoire sait aussi que les Anglais ont converti autant d’Irlandais que possible au protestantisme, afin de fidéliser les à la Couronne britannique, sans parler de la répression sanglante contre les nationalistes irlandais pendant la Première Guerre mondiale ; on connaît le résultat aujourd’hui. Alors, lorsqu’un présentateur de la BBC, prenant son air le plus sérieux et peiné, nous dit que « les tueries inter-religieuses continuent de plus belle en Irelande », il n’est pris au sérieux que par ceux qui ont la mémoire (très) courte ; ou alors quand l’Independant ou le Times nous font la leçon sur le Cachemire alors que les Anglais – ces merveilleux marchands, qui vendent même ce qui ne leur appartient pas – ont cédé au XIXème siècle cet état himalayen pour un million de livres, on ne peut s’empêcher de rigoler doucement. Deuxièmement, les journaux britanniques ont pratiquement inventé la presse à scandale et ne sont jamais à court d’idées pour l’assortir d’un plus, que ce soit la photo d’une fille nue, les confidences de l’amant de la Princesse Diana, ou les mémoires de Ronald Briggs – tout cela bien sûr, à coup de millions de livres sterling. Alors, Messieurs les Britanniques, on vous en prie : ne nous faîtes pas la morale !

Bien sûr, il faut ajouter que la télévision est le plus grand des coupables dans cette propagation contemporaine du Mensonge aux mains des Médias. On a déjà tout dit sur les méfaits de la télévision : l’abêtissement, la mièvrerie, la pauvreté intellectuelle des programmes. Mais on pourrait rajouter ceci : La télévision est nombriliste. Ceux d’entre nous qui vivent dans des grands pays en voie de développement, tels le Brésil ou l’Inde, sont toujours choqués en arrivant en France de voir à quel point les informations télévisées qu’on distille à des millions de Français trois par jour, font dans l’insignifiant, le sans importance, l’anecdotique, le nombriliste, surtout. Comment le procès de Tapie, les états d’âme de Le Pen, ou les affres de la météo, peuvent-ils primer des évènements internationaux bien plus importants, qui se retrouvent souvent en troisième ou quatrième ordre de lecture ? On nous dit que les Français ne s’intéressent qu’à la France. Mais encore faudrait-il les éduquer, leur apprendre que la France est un tout petit pays, qui non seulement ne joue plus le rôle important dont elle se targuait autrefois dans le monde, mais dont les leaders et les médias encouragent le narcissisme à l’heure où la planète se globalise et au moment où le soleil commence à se lever de nouveau à l’Est. Il faut que la télévision sache donner aux évènements franco-français leur juste place. Rappelez-vous de la catastrophe du Tunnel du Mont Blanc, lorsqu’un camion y prit feu. Aussi dramatique que cet événement ait été, on nous l’a ressassé plusieurs fois par jour pendant près d’un mois sur toutes les chaînes de télévision et dans tous les journaux. Mais tente six morts, ce n’est même pas une journée d’accidents de la route au Brésil, ni la moitié des gens qui meurent d’insolation en quelques heures durant le mois de mai au Rajasthan. Voila ce qu’il faudrait aussi dire aux Français. La télévision est enfin vampire, c’est à dire qu’elle se nourrit du malheur des autres. Comme d’habitude, ce sont les Américains qui ont été le plus loin – peut être parce qu’ils ont plus que nous le courage de leurs propres idées – avec leurs programmes-catastrophe et leur reality-tv » qui vous montrent en direct comment les gens vivent, forniquent, souffrent et meurent. Lequel d’entre nous peut-il affirmer qu’il n’ait pas senti quelque chose en lui-même qui soit immédiatement accroché par ce genre malsain ?

EXEMPLE : L’INDE

L’Inde est l’exemple parfait de comment une nation prodigieuse, riche, contrastée, dont la culture cinq fois millénaire a survécu à tous les affres de son histoire, peut être ignorée, déformée, minimisée, avilie par le journalisme occidental. Et pourtant, un correspondant en poste ne peut trouver pays plus riche en sujets: non seulement il s’y passe toujours quelque chose – élections, changements de gouvernements, grands mouvements de foules – mais l’Inde est un pays d’une formidable diversité, où cohabitent toutes les grandes religions du monde, où les ethnies les plus étonnantes se côtoient, où passer du nord au sud équivaut au changement de coutumes, de langage et de climat, que l’on peut ressentir lorsqu’on vole de Paris à Athènes. On y découvre également matière à des sujets magazine inédits et captivants, que ce soit la médecine ayurvédique, le plus ancien système médical encore en pratique dans le monde, uniquement à base de plantes et de minéraux, ou le kalaripayat, l’ancêtre de tous les grands arts martiaux d’Asie, qui partit vers la Chine et le Japon avec le Bouddhisme, ou encore le pranayama, la science de la respiration que les Indiens ont développée depuis trois millénaires et qui confère des résultats étonnants à ceux qui la pratiquent. Enfin, l’Inde est un perpétuel miracle : surpeuplée, accablée d’immenses problèmes, en proie à tous les fondamentalismes, soumise à de nombreux séparatismes, déchirée par des régionalismes égoïstes, elle ne cesse pourtant de nous étonner par sa capacité à survivre et à préserver intact la trame de son génie.

Or, que voyez-vous de l’Inde à la télévision ? D’abord on n’en parle que lorsque il s’y passe quelque événement majeur : si Rajiv Gandhi est assassiné, ou s’il y a des élections – et encore, la plus grande démocratie du monde n’a le droit qu’à une brève mention en fin de journal – ou s’il s’y est produit un tremblement de terre, comme cela a été le cas récemment. En plus, on fait généralement de la surenchère dans le sensationnel : les chiffres sont souvent gonflés pour satisfaire l’appétit macabre de l’auditeur et on en rajoute toujours un peu plus avec force détails sinistres qui feront pleurer des larmes de crocodile l’auditeur confortablement installé devant son steak-frites à dix mille kilomètres de distance. Avez-vous jamais essayé de vendre un sujet sur l’Inde à une maison de production, ou à une chaîne de télévision ? La Kumbha-mela d’Allahabad en janvier 2001 démontre encore une fois, à quel point la télévision, lorsqu’ellel s’intéresse à l’Inde, ne s’accroche qu’à l’anecdotique, le superflus, déforme tout et transforme ce qui est beau et noble en une foire aux images douteuses. Les cameramen ne se sont intéressés qu’aux stars (Madonna, Demi More, Richard Gere, etc), qui sont venus à la kumbha mela, alors qu’ils n’étaient qu’une poignée d’anonymes parmi des millions ; on s’est attardé sur des angles inintéressants : les tentes de luxe pour étrangers en manque de spiritualité, les sages hindous un téléphone portable à l’oreille, les « nationalistes hindous » qui récupèrent la mela…

A l’heure de la globalisation et de la standardisation du monde entier, à l’heure de la civilisation Coca Cola et MTV qui règne de Rio de Janeiro à Paris, de Manille à Shangai, à l’heure où tout est nivelé mondialement par l’abêtissement télévisé – Bold and Beautiful, ou Friends – ne pourrait-on pas trouver extraordinaire que quatre vingt millions d’âmes aient convergé en avion, en voiture, à cheval, à pied vers un endroit qu’ils considèrent sacré, uniquement pour prier à ce qui est au-delà de nous, à cette Force immanente vers laquelle les hommes se sont penchés depuis des millénaires ? Mais non, tout ce que les télévisions occidentales ont trouvé utile de faire fut de filmer des sadhous nus, ou allongés sur des lits d’épines. Toujours ces images dénigrantes de l’Inde, cet esprit supérieur colonialiste qui se perpétue dans la vision que les journalistes occidentaux ont de l’Inde. Comme la télévision, la presse écrite ignore également l’Inde, hormis lorsqu’il s’y passe des catastrophes et des sujets d’actualité brûlante. Et même lorsqu’elle traite d’actualité, elle déforme la vérité. Prenez le Cachemire, par exemple, qui attire le plus de reportages « actu ». De nombreux pays font face à des menaces séparatistes : les Espagnols possèdent le problème basque, les Français se débattent avec les nationalistes corses, les Anglais ont même été se battre jusqu’aux Falkland pour défendre un territoire qui appartient plus à l’Argentine, de par sa proximité géographique, qu’à la Grande Bretagne. Or, le Cachemire fait partie intégrante de l’Inde depuis deux mille ans, même si au XVème les musulmans convertirent, de gré ou de force, une partie de la population hindoue. Depuis quinze ans, les journalistes en poste à Delhi savent que le Pakistan encourage, arme et finance le mouvement sécessionniste kashmiri, dans des camps situés à l’intérieur du Cachemire pakistanais ; cependant la BBC, CNN, l’AFP et la plupart des correspondants étrangers continuent à souligner dans leurs reportages « que l’Inde accuse le Pakistan de soutenir les insurgés kashmiris ». Les différentes organisations des Droits de l’Homme, telle Amnesty International, ont par ailleurs accusé à plusieurs reprises l’armée indienne d’avoir « la main lourde » au Cachemire. Mais tout d’abord, ce sont les séparatistes kashmiris qui ont initié cette guerre, chassant par la terreur les dizaines de milliers d’hindous, qui pendant des siècles avaient cohabité harmonieusement avec les musulmans et s’attaquant à l’armée et au gouvernement indien ; de plus, les mercenaires pakistanais et afghans, qui ont progressivement pris en main l’insurrection kashmirie, ont radicalisé l’Islam ouvert et tolérant qui se pratiquait là-bas et imposé le fondamentalisme sunnite : plus de cinémas, les femmes doivent porter le burqua et la télévision satellite est interdite. Enfin, comme en Algérie, ce genre de guérilla est toujours sanglante d’un côté comme de l’autre et les séparatistes ayant de plus en plus recours à des attaques suicide contre l’armée indienne, ainsi qu’à des attentats à la bombe dans la capitale indienne, les choses ne peuvent qu’empirer. Soulignons donc qu’une fois encore, la presse étrangère rapporte plus rapporter le point de vue kashmiri et ignore la perspective indienne.

Or l’Inde, en sus du problème kashmiri, doit faire face à une véritable menace islamiste en Asie du sud, car d’une part: elle est entourée par des pays musulmans qui lui sont radicalement hostiles : le Pakistan, bien sûr, le frère ennemi, né du refus des musulmans, qui autrefois conquirent et gouvernèrent les Grandes Indes, d’être en minorité dans une Inde libre ; le Pakistan, pays théocratique, où les minorités religieuses sont considérées comme des citoyens de deuxième classe, lorsqu’ils ne sont pas victimes de pogroms ; le Pakistan, qui a fait de la djihad une affaire nationale, encourageant le séparatisme dans les états dont elle partage la frontière avec l’Inde. L’Afghanistan aussi, dont la réputation de fondamentalisme militant n’est plus à faire ; mais les Etats Unis et l’Europe, physiquement éloignés de l’Afghanistan, n’ont à subir qu’indirectement cette menace fondamentaliste, alors que l’Inde doit y faire face quotidiennement, un peu comme la France souffre du terrorisme algérien : détournement du vol d’Indian Airlines Kathmandou-Delhi de Décembre 99, attentats à la bombe dans le nord de l’Inde, djihad au Cachemire ; le Bangladesh, autrefois Pakistan occidental, qui doit son indépendance à l’Inde, mais dont l’Islam est en train de se radicaliser et qui prête son territoire aux services secrets pakistanais et aux mouvements séparatistes du nord-est de l’Inde, tel celui de l’Assam. Il faudrait ajouter que d’après des rapports officiels, il y a en Inde vingt millions de Bangladeshis sans papiers et que chaque année un million de Bangladeshis passent illégalement en Inde (qui partage 3000 km de frontière avec le Bangladesh), où les salaires sont meilleurs, une véritable bombe à retardement. De surcroît, le gouvernement indien ne sait jamais si la fidélité de son importante minorité musulmane (120 millions) va d’abord à l’Islam et ensuite à l’Inde, ou vice-versa ; de nombreux musulmans indiens vont travailler dans les pays du Golfe et en reviennent imprégnés d’un Islam beaucoup plus dur et intransigeant ; l’Arabie Saoudite sponsorise des milliers de mosquées et de madrasas (écoles religieuses) jusque dans les villages les plus reculés de l’Inde, qui constituent de véritables foyers d’insurrection, donnant naissance à des groupuscules terroristes, tel l’Al Ulema, au Kerala, responsable de nombreux attentats à la bombe. Et si encore les états voisins non musulmans étaient des alliés ; mais ils font souvent montre d’hostilité active envers l’Inde : le Népal, où les communistes jouent un rôle prédominant et les maoïstes ont pris possession des campagnes ; ou le Sri Lanka, dont la majorité cinghalaise entretient une véritable phobie du géant indien

Parmi les correspondants étrangers, on aime à dire « que ces petits pays ont peur de l’ombre du géant indien ». Ceci constitue un véritable contresens historique. Car non seulement l’Inde hindoue n’a jamais envahi un autre pays pour imposer sa religion et ses coutumes, comme l’a fait l’Islam et le Christianisme (également le Bouddhisme, même si c’était de manière non-violente), mais de nombreuses minorités persécutées en Orient ont trouvé refuge en Inde : les chrétiens de Syrie, les Parsis chassés d’Iran, les Juifs fuyant les Romains (l’Inde est probablement le seul pays au monde où les Juifs n’aient jamais été persécutés) les marchands arabes, les Arméniens, les Tibétains aujourd’hui ; toutes ces communautés prospérèrent et purent pratiquer en paix leur religion. Malheureusement le contraire n’est pas valable : les hindous appartiennent à la foi la plus persécutée au monde : cela commença avec les premières invasions arabes en 632 et continua avec les vagues d’invasions successives des Turcs, Afghans, Iraniens, dont les incursions constituaient souvent de véritables holocaustes ; ainsi Les Sultans Bahmani, qui gouvernaient en Inde centrale, s’étaient fixé un quota de 100.000 Hindous par an et semblent s’y être tenus. En 1399, le célèbre Teimur fit mieux, il tua 100.000 Hindous en une seule journée, un record. Le Professeur K.S. Lal dans son livre “La croissance de la population musulmane en Inde” estime qu’entre les seules années 1000 à 1525, 80 millions d’Hindous furent tués directement, (sans parler des famines et autres calamités naturelles engendrées par la guerre), sans doute le plus grand holocauste de l’histoire de l’humanité, affirme-t-il.

Il n’est pas le seul historien à s’être effrayé des conséquences de ces invasions. « L’impact de l’Islam en Inde fut cataclysmique » écrit dans l’Inde de l’Islam l’Indianiste français Louis Frédéric, pourtant un grand admirateur des Moghols ; l’historien américain Will Durant estime quant à lui « que la conquête musulmane en Inde fut probablement la plus sanglante que l’humanité ait jamais vue. C’est une histoire décourageante, car sa morale évidente c’est que la civilisation est une chose bien précieuse, dont l’ordre complexe et la liberté peuvent être à tout moment piétinés par des barbares qui envahissent du dehors et se multiplient au dedans” (Notre héritage oriental. 1972, p.459). Alain Daniélou, dont l’histoire de l’Inde a été rééditée une vingtaine fois depuis 1950, est encore plus formel : “A partir du moment où les musulmans arrivèrent dans l’Inde, l’histoire de l’Inde n’a plus grand intérêt, car elle devient une longue et monotone série de meurtres, de massacres, de spoliations, de destructions. C’est comme toujours, au nom de la “guerre sainte”, de la foi, du dieu unique, dont ils se croient les agents, que les Barbares ont détruit les civilisations”.

Et si encore cette haine de l’Islam pour l’Inde s’était éteinte avec la mort en exil en Birmanie du dernier roi moghol. Mais elle s’est réincarnée en Afghanistan et au Pakistan pour qui les 850 millions d’hindous, qui constituent l’énorme majorité de l’Inde, restent les Infidèles par excellence. Et que dit le Coran ? “Où qu’ils soient, trouve les idolâtres, assiège-les, prends-les en embuscade et tue-les” (5ème verset du Surah Tauba). Ou encore : “Quand un moudjahidin, après avoir fait couler le sang des infidèles, en vient à périr lui-même, il devient un martyr” (Mishkat N°4530). Aujourd’hui encore, les cimetières des martyrs, les shahid, que ce soit en Tchéchénie, ou en Palestine, sont des lieux saints utilisés à des fins politiques. Qui a vu l’enterrement d’un « martyr » à Srinagar, capitale du Cachemire, lorsque les hommes brandissent le cercueil à bout de bras, tel un trophée, et les femmes commencent à se lamenter et à s’arracher les cheveux – surtout si des journalistes étrangers sont présents – peut être sûr que la même scène se répète en Bosnie, en Palestine, en Tchéchénie, ou en Afghanistan. L’Occident doit comprendre que l’Inde est non seulement un rempart de démocratie pro-occidentale, dans une Asie en proie aux dictatures et à l’intolérance, mais qu’elle se bat seule, courageusement, contre le fondamentalisme musulman, qui est prêt à embraser toute l’ Asie, du Tadjikistan au Cachemire, de l’Afghanistan à l’Indonésie.

Malheureusement, si quelque correspondant en poste à Delhi a le courage de rapporter ce qu’il voit de ses propres yeux, il se fait immédiatement taxer d’antimusulman et de prohindou, ou même de fasciste et de lepéniste – un comble ! Les Français d’ailleurs, adorent apposer à d’autres pays, même s’ils sont très lointains et différents du nôtre, des étiquettes qui ne correspondent qu’à la France, ou à la rigueur à l’Europe. Ainsi la séparation de l’Eglise et de l’Etat chez nous, qui fut justifiée lorsque le Clergé possédait un important pouvoir politique en sus de biens disproportionnés à ses devoirs ecclésiastiques. Les journalistes occidentaux appliquent ce même principe à l’Inde, accusant par exemple le Bharatiya Janata Parti, au pouvoir depuis 1997, d’être un parti de « nationalistes » hindous, ou les taxant même quelque fois de « fondamentalistes ». Autre contresens historique et même contemporain. L’Inde n’a jamais brillé par un excès de nationalisme ; le parti du Congrès, à qui les livres d’histoire attribuent l’indépendance de l’Inde, fut pendant longtemps un docile sujet de Sa Majesté, qui ne demandait que des privilèges au sein de l’Empire britannique. Dix siècles d’invasion sanglantes ont d’ailleurs considérablement émoussé l’intrépidité des hindous, que Gandhi lui-même taxa de « couards ». Dès qu’il y a l’ombre d’un risque d’émeutes, ou même de grèves, l’hindou se calfeutre chez lui et n’en sort plus. Les hindous continuent à être tolérants à la limite de l’ânerie –ils adorent tendre la joue gauche lorsqu’ils ont été giflés sur la droite. Le Bharatiya Janata Party n’échappe pas à cette règle : ses réactions au détournement d’avion de 1999 par des séparatistes musulmans soutenus par l’Afghanistan et le Pakistan, ou à la mutilation récente de soldats indiens par les Bangladeshis, restent dans la plus pure tradition de la « tolérance » hindoue (c’est à dire qu’on ne réagit pas et qu’on s’écrase). Ce sont les journalistes et les Indianistes (voir prochain chapitre) qui leur ont apposé cette étiquette de « nationalistes/fondamentalistes », alors que le BJP est pro-occidental, anticommuniste et est le premier parti indien à réaliser la menace que le Chine constitue pour l’Asie.

Bien sûr, il y eut Ayodhya. Le 6 décembre 1992, une poignée de militants hindous démolissaient cette mosquée dont les dômes gris avaient dominé pendant plus de quatre siècles la ville d’Ayodhya, une des cités les plus anciennes et les plus sacrées de l’hindouisme. La légende veut que le dieu Rama, (dont Peter Brook, nous conta les exploits il y a quelques années dans le Ramanaya), dieu chéri par tous les Hindous depuis 3000 ans, y soit né. Comme des millier d’autres temples hindous, le sanctuaire d’Ayodhya fut rasé par l’empereur moghol Babar au 16è siècle afin d’y construire une mosquée à sa place. Pour beaucoup d’hindous cette mosquée symbolisait l’humiliation de dix siècles d’invasions musulmanes et les exactions de chefs de guerre musulmans, comme Firuz Shah Tughlak (1351-1388), qui écrivait dans ses carnets: « Le jour du grand festival hindou, je me suis rendu là-bas moi-même et j’ai ordonné l’exécution non seulement des prêtres, mais aussi de tous les pratiquants de cette abomination…J’ai détruit leurs temples et construit des mosquées à leur place ». Il faut souligner d’une part que la destruction de cette mosquée est un incident isolé et que durant toute leur histoire les hindous ont non seulement respecté les lieux saints d’autres religions, mais aussi qu’ils y ont souvent prié ; d’autre part, les hindous n’ont tué personne à Ayodhya, alors que pour se venger, les musulmans indiens, soutenus par le Pakistan et avec l’accord tacite de l’Arabie Saoudite (qui donna un moment asile au « cerveau de toute l’affaire) plantèrent des bombes dans le centre de Bombay, attentats qui firent plusieurs centaines de morts, la plupart hindous.

MYTHES : GANDHI, MERE TERESA ET LA PERSECUTION DES CHRETIENS

Le journalisme quand il s’applique à l’Inde crée également des icônes et des légendes qui ne correspondent pas toujours à la vérité. Le mahatma Gandhi, Mère Teresa et la “persécution » des chrétiens, par exemple. Pour le monde entier, le mahatma (grande âme) Gandhi incarne la lutte pour l’indépendance indienne, obtenue grâce à une remarquable technique de non-violence. Or, ce mythe, imposé au monde par des journalistes et écrivains (Dominique Lapierre en particulier – voir un peu plus bas), est complètement faux. Le mouvement pour l’indépendance de l’Inde fut lancé bien avant Gandhi – en 1904, pour être précis – par les premiers nationalistes, Tilak, Deshpande et Sri Aurobindo, qui préconisaient alors le départ des Anglais, par la force si nécessaire, mais furent taxés de fous et de radicaux par le Congrès (le parti de Gandhi). Le Congrès se contenta d’ailleurs pendant longtemps de quémander timidement quelques droits pour les Indiens, mais dans le cadre de l’Empire Britannique. L’idée que ce fut Gandhi qui gagna à l’Inde son indépendance est erronée : pendant la seconde guerre mondiale, le mahatma fut jeté en prison parce qu’il refusait que son pays collabore avec les alliés contre le menace nazie ; il appela d’ailleurs Hitler « mon frère bien-aimé » et conseilla au Ethiopiens de « se coucher sous les sabots des chevaux italiens ». En 1945, l’Angleterre était épuisée par les efforts fournis par la guerre, l’Inde avait été vidée de ses ressources naturelles pendant trois siècles de colonisation et Gandhi était devenu une épine dans le pied de l’empire britannique. On décida donc d’abandonner l’Inde, laissant tout de même en cadeau empoisonné la partition du sous-continent et son cortège de tueries, ce qui fait dire à Churchill (qui n’aimait pas ni l’Inde ni Gandhi) « que nous avons eu le dernier mot ».

Gandhi s’il prônait une violence exacerbée et extrêmement rigide, était plutôt intolérant vis à vis des autres et son moralisme était assez ambivalent. Il imposa à sa femme des conditions draconiennes toute sa vie durant, exigea des femmes indiennes qu’elles pratiquent l’abstinence sexuelle pour pallier à a surpopulation et couchait nu avec ses ravissantes sexuelles « pour tester sa brahmacharya » (abstinence sexuelle à but spiritualiste). Gandhi était particulièrement violent avec son corps, pratiquant jeune sur jeune afin d’imposer ses vues à l’Inde et ses idées, telle la pratique du chakra (tissage) étaient souvent rétrogrades. Il est vrai cependant qu’il possédait un immense amour pour l’Inde et que certaine de ses idées, écologiques avant l’heure, seraient applicables aujourd’hui dans un pays qu fut étatisé à outrance par Nehru. Mais il ne reste en Inde que des millions de statues de Gandhi, car l’Inde indépendante ne mit jamais en pratique ses idées tant la plupart d’entre elles étaient inadaptées aux besoins du pays.

Mère Teresa fit non seulement le bonheur des correspondants en poste, mais aussi celui des journalistes qui venaient en reportage en Inde. Enfin, se disaient-ils, voilà un sujet digne de l’Inde – LE sujet – qui garantissait l’audimat et l’attention des lecteurs européens et français. Car Mère Teresa cadrait parfaitement dans tous les clichés, à priori, et préjugés que nous ont laissés Kipling et les missionnaires blancs de Tintin : elle ramassait les mourants sur les trottoirs de Calcutta et récupérait les orphelins dont personne ne voulait – ce qu prouvait 1) que les Indiens mouraient toujours de faim ; 2) qu’ils ne s’occupaient pas de leur prochain. Elle convertissait les pauvres Indiens au « vrai » Dieu, ce qui prouvait 1) que les Indiens étaient toujours ces païens de nos images d’Epinal ; 2) qu’ils avaient toujours besoin de la Bonne parole. Bref, elle était Blanche, elle était Chrétienne et elle apportait la civilisation aux gentils sauvages de Kipling, même si bien sûr, tout cela n’était pas écrit noir sur blanc et ne pouvait pas être dit tout haut.

Quel est l’envers de la médaille que les journalistes passèrent sous silence ? Mère Teresa, même si indéniablement elle rayonnait d’une grande bonté, était, un peu comme le Mahatma Gandhi, très intolérante, piquait de crises de colère effroyable, était dictatoriale et surtout employait tous les moyens pour convertir les Indiens, faisant donner l’extrême onction au mourants, même s’ils éteint hindous, baptisant les orphelins qu’elle recueillait et demandant y compris aux hindous qui la secondaient d’adopter la « vraie » religion. Les Indiens sont très tolérants, d’ailleurs les plus grands fans de la Mère étaient hindous ; mais tout de même, de nombreux intellectuels indiens se demandaient si Mère Teresa, qui avait la nationalité indienne et qui était le symbole le plus médiatisé de l’Inde, n’aurait pas pu profiter de sa popularité pour contrebalancer l’effet négatif qu’elle véhiculait, par une image plus positive de l’Inde. Parler de l’extraordinaire hospitalité de ce pays, qui l’adorait, ou de la gentillesse des Indiens, des cerveaux brillants que l’on trouvait et qui prouvaient que tout n’était pas que pauvreté et misère en Inde. Mais de son vivant elle ne le fit jamais. Morte – et si on en fait une sainte – elle véhiculera encore au 21ème siècle le vieux cliché missionnaire de la Bonne Parole apportée aux païens. Quel journaliste a-t-il jamais écrit cela dans ses panégyriques à Mère Teresa?

Ceci soulève le problème de la « persécution » des chrétiens en Inde. Il faudrait d’abord rappeler, comme nous l’avons mentionné plus haut, que les Chrétiens de Syrie trouvèrent refuge au Kerala et purent pratiquer leur foi en toute tranquillité – c’est d’ailleurs la première communauté chrétienne au monde (1er siècle). Lorsque Vasco de Gama arriva au Kerala en 1498, il fut chaleureusement reçu par Zamorin, le roi hindou de Calicut, alors capitale du Kerala, qui lui permit d’établir des factoreries, à condition de s’en tenir à ces comptoirs. Mais les Portugais demandèrent chaque jour de nouvelles concessions et au lieu de se contenter des avantages financiers qu’ils retiraient, cherchèrent à établir leur hégémonie sur les mers orientales et à assaillir les navires des autres nations, ce qui déplut à Zamorin. Les Portugais se lancèrent alors dans de sombres intrigues politiques et s’allièrent au souverain de Cochin, principal rival de Zamorin. C’est en 1510 qu’Alfonso de Albuquerque s’empara de Goa, où il instaura un règne de terreur, brûlant les hérétiques, crucifiant les brahmanes et encourageant ses soldats à prendre des maîtresses indiennes (d’où les noms portugais de nombreux habitants de Goa aujourd’hui). « Or Goa, écrit l’historien français Guy Deleury, de son vrai nom indien Gomäntak, était avant la conquête, un centre religieux hindou fort important dominé par de nombreuses communautés de brahmanes qui y possédaient une grande quantité de temples. Tout porte à croire que ces brahmanes n’auraient eu aucune objection à servir un prince chrétien, comme ils s’accommodaient à l’époque des sultans musulmans, mais les Portugais investis par le pape de la mission de convertir les païens sous leur juridiction, exproprièrent les brahmanes et détruisirent leurs temples pour avec leurs pierres construire des églises ».

Depuis l’avènement du BJP en 1998, les journalistes ont accusé le BJP et les groupuscules dont ils sont issus, le RSS, le VHP, ou le Bhajrang Dal, d’encourager la persécution des Chrétiens. S’il est vrai qu’il y eut de terribles incidents, tel le meurtre du missionnaire australien Graham Staines en 1999 par une poignée d’hommes appartenant à une tribu d’Orissa (Centre-Ouest), la plupart des incidents sont le fruit de l’imagination des journalistes, particulièrement des correspondants étrangers, qui ont fait de ce sujet leur cheval de bataille. Prenez par exemple le viol des sœurs de Jhabua en novembre 1998. Ce viol était supposé être un « crime religieux », commis par des hindous, qui voulaient humilier les chrétiens. Très peu de journalistes prirent la peine de se rendre à Jhabua, qui se trouve dans les jungles du Madhya Pradesh (Centre) . S’ils l’avaient fait, ils auraient découvert que les sœurs elles-mêmes, ainsi que l’évêque d’Indore, reconnaissaient que ce viol n‘avait rien de religieux, mais qu’il avait été l’œuvre de gitans Bhils, connus pour violer les femmes de leur propre tribu. Malheureusement le viol de Jhabua est encore cité aujourd’hui parmi les cas de persécution des chrétiens par les hindous. Au début 2001, une série d’attentats à la bombe furent commis dans des églises de l’Andhra Pradesh (Sud) – et bien sûr, on accusa les hindous. Il se trouva malheureusement que ces attentats avaient été perpétrés par un groupuscule musulman avec des racines au Pakistan, qui voulait encore envenimer les tensions hindous-chrétiens. La plupart des cas de persécution contre la minorité chrétienne en Inde (3%) sont souvent des querelles de jalousie entre tribus converties et tribus non converties. Il faut savoir en effet que les missionnaires américains, particulièrement les Pentecôtistes ou les Adventistes, convertissent à coups de millions de dollars les tribus et les intouchables de l’Inde, qui sont particulièrement vulnérables à l’appât économique. On va même jusqu’à placer des « boîtes à miracle » dans les églises : vous faites un vœu – un bateau de pêcheur, un prêt, une bourse pour votre fils – déposez le petit papier dans la boite – et ô miracle – quelques jours plus tard votre souhait est exaucé. La croissance de la chrétienté en Inde est ainsi phénoménale depuis l’indépendance, particulièrement dans certains états du Nord-Est, peuplés en majorité de tribus : il n’y avait pratiquement pas de chrétiens au Tripura en 1991 – il y en a aujourd’hui 120.000 ! . En Arunachal Pradesh, il y avait 1710 Chrétiens en 1961 – et 115000 aujourd’hui; en 1947 il y avait trois églises, toujours en Arunachal Pradesh – aujourd’hui 700 ! Si encore ces missionnaires américains et australiens pratiquaient une chrétienté ouverte et œcuménique, mais on coupe totalement ces pauvres gens et innocents de leurs racines, on leur apprend à mépriser leur culture, on leur enseigne que cela constitue un « péché » d’aller aux temples ou même de porter un bindi (troisième œil que les femmes mariées se peignent sur le front). Inévitablement, ce genre de conversions fait des étincelles. Le pape, lorsqu’il est venu en Inde en l’a 2000, a proclamé que le troisième millénaire serait celui de l’évangélisation de l’Asie – l’Inde et la Chine étant spécialement visées. En sommes nous encore aux conversions, à accuser l’autre d’adorer un faux dieu, à fomenter la haine et le mrépris d’autres cultures ? Cette croyance dépassée, intolérante et fausse a été source de tant de guerres, tant de massacres, tant de génocides. N’est-il pas temps pour l’Eglise de la mettre derrière elle ?

L’INDE ET LA CHINE

Il était une fois en Asie deux géants – l’Inde et la Chine – que tout différenciait. Le premier pays était démocratique, le deuxième communiste ; l’Inde profondément religieuse, la Chine athée; le père de la Chine communiste était un dictateur sanglant, alors que le premier des Premiers Ministres indiens, Nehru, était un idéaliste socialisant, qui avait hérité de ses anciens maîtres britanniques le sens du «fair play». La fin du XXème siècle a vu une véritable mode Chine en Occident aux dépens de l’Inde ; cette mode a été entretenue par les journalistes, qui hormis la tragédie de Tianamen, ont tout passé aux Chinois, y compris le terrible génocide qqu’ils ont commis au Tibet, tuant, d’après un rapport établi par le Sénat américain près d’un million de Tibétains, alors qu’ils se sont lourdement attardés sur les atteintes aux doits de l’homme au Cachemire. On compare toujours favorablement la Chine à l’Inde, quand on ignore pas le géant indien. C’est vrai, l’Inde n’a pas réussi sa libéralisation économique aussi bien que la Chine. Mais il faudrait tout de même souligner que l’Inde jouant le jeu de la démocratie, doit en subit les conséquences ; la Chine, par exemple a contrôlé sa démographie galopante grâce à des moyens de coercition pour imposer aux couples chinois d’avoir un seul enfant ; l’Inde qui depuis quarante ans a lancé un courageux programme de contrôle de naissances, a laissé la liberté de choix à ses citoyens, excepté pour une courte période lorsqu’Indira Gandhi tenta d’obliger les hommes à se faire stériliser, mais perdit les élections peu après. Or, si les chrétiens, la communauté la plus éduquée en Inde, ont très vite compris l’avantage économique d’avoir un seul – ou au maximum deux enfants – les hindous ont mis un peu plus longtemps, même si depuis quelques années la moyenne des enfants par couple hindou est descendue à 3,2 ; quant aux musulmans des campagnes, ils ont en moyenne six enfants par couple, car le Coran leur recommande de se multiplier. Ceci n’est pas politiquement correct à dire – mais c’est l’absolue vérité : l’Inde n’arrive pas à freiner la courbe ascendante de sa population parce que sa minorité musulmane se multiplie à vitesse grand V et qu’elle est envahie par des dizaines de millions de Bangladeshis. Quel journaliste a-t-il eu le courage de l’écrire lorsque le 15 août 2000, le New York Times décida arbitrairement que la population indienne venait d’atteindre le milliard (arbitrairement, parce qu’il est impossible dans un pays tel que l’Inde de faire des recensements exacts) ? Non seulement toutes les médias ont suivi comme un seul homme, mais aucun article n’a parlé de l’élément bangladeshi.

Les correspondants en poste n’arrêtent pas de critiquer l’Inde. Mais savent-ils qu’ils bénéficient d’une liberté totale en Inde, alors qu’en Chine ils ne peuvent pas sortir de Beijing sans permission et sans soumettre le sujet de leur reportage – et se font même éjecter par le Gouvernement chinois quand ils le critiquent trop ? Cette partialité pour la Chine par rapport à l’Inde mène à un aveuglement et à une désinformation quant au problème sino-indien. Car l’Inde connaît un sérieux problème avec la Chine. Et parce que les correspondants en poste ne savent pas louer l’extraordinaire diversité économique en Inde, où on parle Anglais beaucoup plus en Chine, où les contrats sont protégés par un système juridique, ce qui n’est pas le cas en Chine, les industriels français ne s’intéressent que très peu à l’Inde et continuent d’investir dix fois plus en Chine – une folie, car le jour où la main de fer communiste sera enlevée, la Chine va sauter comme une marmite en ébullition. Et une fois de plus, ce ont les Américains qu sont en, train de se rendre compte du potentiel économique et géopolitique indien. Et une fois de plus nous serons à la traîne et nous réaliserons le potentiel économique de l’Inde où les ingénieurs informaticiens sont aujourd’hui le meilleurs au monde, que lorsqu’il sera trop tard : les USA auront raflé le marché. Il sera inutile d’accuser les Américains, c’est notre propre incompétence et nos journalistes qui ne font pas leur travail qu seront s coupables (oui, il y a des dossiers économiques de temps en temps dans des magazines et des journaux français sur Bangalore ou l’industrie informatique en Inde ; mais ces reportage n’ont pas d’impact à moins de souligner l’importance géopolitique de l’Inde et les difficultés qu’elle éprouve face aux fondamentalisme musulman et la tentative d’hégémonie chinoise).

LA BOMBE INDIENNE

Les correspondants du monde entier accusèrent l’Inde de nationalisme aigu et d’irresponsabilité lorsque le gouvernement d’Atal Behari Vajpayee testa des engins nucléaires en 1998. Personne n’essaya vraiment de comprendre le point de vue indien et très peu de journalistes parlèrent de la menace nucléaire chinoise qui pousse l’Inde à la dissuasion.

Depuis 1948, la Chine revendique un tiers du territoire du nord-est indien (les états de l’Arunachal Pradesh et du Sikkim), arme les séparatistes de l’Assam et du Tripura et finance secrètement le parti communiste indien. en 1950, il y eut l’invasion de l’inoffensif petit Tibet, qui avait toujours servi de tampon entre les deux géants d’Asie, Mais Jawarlhal Nehru, le premier leader de l’Inde indépendante, était non seulement un adepte de la non-violence gandhienne, mais aussi un grand admirateur de l’idéal communiste – aussi ignora-t-il l‘avertissement, et refusa-t-il de renforcer ses troupes le long de la frontière tibétaine. Et puis en 1959, le Dalaï-lama, le dieu vivant du Tibet, dut fuir le toit du monde, après que ses proches aient eu rumeur d’une tentative d’assassinat aux mains des Chinois. Le futur Prix Nobel de la paix atterrit en Inde, à Tawang exactement, qui autrefois faisait partie du Tibet. Nehru fut bien embêté: cela bouleversait ses plans, car il ne voulait surtout pas offenser ses frères chinois. Mais l’hospitalité aux minorités opprimées est une tradition en Inde; on installa donc le dalaï-lama et ses disciples à Dharamsala dans les Himalaya indiens, avec ordre de rester bien sages et de ne faire pas faire de politique – et on espéra que l’affaire se tasserait. Mais les Chinois, aussi furieux qu’ils le sont aujourd’hui lorsqu’un pays occidental invite le Dalai- lama, décidèrent de donner une leçon à l’Inde et en 1962, l’armée chinoise attaqua du haut des plateaux tibétains et tout au long de sa frontière himalayenne, ce fut la débâcle totale. Les soldats indiens mal armés , mal préparés tournèrent casaque, souvent sans tirer un coup de feu et les Chinois purent ainsi descendre jusqu’en Assam. Ils auraient pu atteindre Delhi, mais Mao jugea que la leçon avait suffi et l’armée chinoise se retira, gardant tout de même 12.000 km carrés de territoire indien au Ladhak. Cette humiliante défaite marquera le psyché indien à jamais. Nehru mourut brisé un an plus tard et l’armée indienne – qui depuis s’est infiniment professionnalisé – en gardera un goût du secret qui frise quelquefois la paranoïa.

En 1964, la Chine teste pour la première fois. D’après la CIA, le premier missile nucléaire chinois fut stationné sur le plateau tibétain en 1971 dans le bassin de Qaidam, au nord de la région d’Amdo. Le principal site nucléaire chinois se situe au Tibet à Delingha à 200 kms au sud-est de Da-Qaidam (New Delhi Delhi n’est qu’à 2000 kilomètres de Da- Qaidam) et abrite des DF-4. Des missiles CSS-4, d’une portée de 8000 miles, ont été déployés entre Quingha et Sichuan, dans la province d’Amdo et sont capables d’atteindre les États Unis, l’Europe et toute l’Asie. En 1991, le journal US & World Reports publiait une carte qui montrait tous les sites nucléaires au Tibet et y estimait aujourd’hui à 90 les missiles balistiques intercontinentaux. On y dénombre également trois escadrons de bombardiers lourds stationnés sur le plateau du Tibet, dont le Hong-6 qui a une autonomie de 3000 kilomètres et peut atteindre toute les villes l’Inde estime alors qu’il lui faut la bombe nucléaire pour dissuader la menace chinoise. C’est à la fille de Nehru, Indira Gandhi, qu’échoit cette tâche. Indira n’a pas la naïveté de son père – elle se montrera d’ailleurs plus tard redoutable – et en 1974, l’Inde teste aussi et devient ainsi, à la surprise générale, la sixième puissance nucléaire mondiale. L’opprobre internationale qui a suivi les test de 1998 – la plupart des pays industrialisés imposèrent de lourdes sanctions économiques (excepté la France qui venait juste de tester dans le Pacifique et ne pouvait se montrer hypocrite à ce point) – a mal été perçue en Inde. Les Indiens citent d’ailleurs volontiers William M. Arkin, auteur de l’Encyclopédie des armes nucléaires: «durant les années Reagan-Bush écrit-il, l’aptitude nucléaire des Chinois a été étrangement et méthodiquement ignorée par l’Occident; et même aujourd’hui, elle est rarement soumise à l’examen attentif que subissent les Indiens par exemple». L’Inde s’est toujours inquiétée de l’étroite coopération nucléaire entre le Pakistan et La Chine. Beijing a par exemple fourni de missiles M-11 au Pakistan, capables de porter des têtes nucléaires, ainsi que des anneaux circulaires, qui servent aux essais nucléaires et les services secrets indiens soupçonnent les Chinois d’avoir laissé les Pakistanais tester leur bombe au Xinkiang. Le Dr Arkin estime quand à lui «que la seule solution, c’est un Tibet démilitarisé et dénucléarisé, comme l’a proposé le Dalaï-lama au Parlement de Strasbourg en 1989, lorsqu’il s’est écrié que le rôle du Tibet était de maintenir la paix en Asie. Le monde, qui ne connaît que deux nations nucléaires partageant la même frontière (ex France-Angleterre, ou Russie/Chine), ne réalise pas l’immensité du danger en Asie où il y en a quatre: la Chine, l’Inde, le Pakistan et les républiques de l’ancienne URSS. Et c’est justement là qu’on y trouve les deux région les plus explosives d’Asie: le Tibet et le Cachemire», remarque le savant indien Brahama Chellaney

LE MENSONGE EST AUSSI PROPAGE PAR LES INDIANISTES

Un journaliste par définition, c’est celui qui écrit dans un journal. Les Indianistes français, c’est à dire les spécialistes de l’Inde en France qui ne sont qu’un petit nombre – après tout l’Inde est un pays lointain et mystérieux pour les Français – sont souvent appelés à écrire des commentaires dans les grands quotidiens à chaque fois qu’il se passe quelque chose d’important en Indes – élections, tremblement de terre, changement de gouvernement… Chez nous, l’indianisme français, incarné par les chercheurs d’Asie du sud du CNRS, ainsi que par ses affiliés tel l’EHESS, ou le CERI, s’est – tout comme les journalistes – fait quelquefois le porte-parole de dogmes mensongers. L’indianisme français semble être resté campé sur une vision colonialiste de l’Inde, à relent marxisant. Il se fie par exemple toujours à des données archéologiques et linguistiques établies au 19ème siècle par des indologues au Service de sa Majesté britannique, qui avaient tout intérêt à démontrer que l’Inde est une civilisation inférieure à la race occidentale. Parmi ces théorèmes concoctés par les indianistes britanniques, celui de l’invasion aryenne reste le plus pernicieux, car toute l’histoire de l’Inde repose sur ses bases.

La plupart des livres d’histoire racontent qu’à partir de l’an 2500 avant J.C., fleurit en Inde une civilisation que les uns ont appelé dravidienne, les autres harapienne. On en veut pour preuve les villes d’Harappa et de Mohenja-Daro, dont les ruines découvertes en 1921, étaient extrêmement sophistiquées pour leur époque. Puis, vers l’an 1500 avant J.C., une bande de nomades barbares en provenance d’Asie centrale, probablement du Caucase, aurait envahi l’Inde et s’empressa de détruire cette merveilleuse civilisation de la vallée de l’Indus. Cette théorie, reprise aveuglément par un grand nombre d’historiens et d’indianistes, a des conséquences radicales non seulement dans l’histoire de l‘Inde, mais également pour celle de toute notre civilisation occidentale, car nous aussi, sommes censés descendre des Aryens. Elle possède cependant d’immenses contradictions archéologiques et linguistiques. Archéologiques, d’abord. Durant des milliers d’années, les Indiens ont tenu pour sacrée le fleuve Gange. Mais bizarrement, les Aryens védiques semblent avoir adoré un autre fleuve, qu’ils appelaient Saraswati. Dans le Rig Veda (les Védas: textes les plus sacrés de l’hindouisme) par exemple, le Gange n’est mentionné qu’une seule fois, alors que la Saraswati est louée 50 fois et qu’un hymne entier lui est consacré: « Saraswati, la meilleure des mères, la plus belle des rivières, la plus merveilleuse déesse » (RV, II.41.16). D’après la littérature védique, la Saraswati était alors la plus importante rivière en Inde et coulait à l’ouest du fleuve Yamuna actuel. Des photographies prises par le satellite français SPOT, ont permis de découvrir le lit de ce fleuve majestueux, qui au temps de sa splendeur atteignait jusqu’à 14 kms de large, prenait sa source dans les Himalaya et coulait à travers les états de l’Haryana, du Pendjab et du Rajasthan, avant de se jeter dans la mer au Gujurat. La découverte du lit de Saraswati résout de nombreux mystères, tel celui des 300 sites archéologiques trouvés par les archéologues pakistanais Durrani et Mughal, qui ne se situaient pas sur les berges de l’ancienne rivière Indus, comme on le pense, mais sur les rives de la Saraswati. L’archéologue américain Mark Kenoyer dessina d’ailleurs en 1991 une carte antique de tout le nord-ouest de l’Inde et du Pakistan, qui montre que la plus grande concentration de sites archéologiques se trouve le long de l’ancienne Saraswati.

Si, comme l’affirment les livres d’histoire, les Aryens n’envahirent l’Inde qu’en 1500 BC, comment le Rig Véda a-t-il pu être composé en 12OO BC, alors qu’il décrit une Inde bien plus ancienne ? Ceci soulève également une autre question, encore plus importante: pourquoi les Aryens, qui d’après les historiens ont traversé six rivières, (l’Indus et ses tributaires), avant de subjuguer les dravidiens, ont-ils établi la majorité de leurs colonies le long d’un fleuve qui s’était asséché il y a plusieurs siècles ? Mais le Rig Véda décrit la géographie du nord de l’Inde telle qu’elle était avant que la Saraswati ne s’assèche. Ce qui voudrait dire que la civilisation harapienne était une continuation de la civilisation védique ou aryenne et voit sa fin approximativement au même moment où la Saraswati disparaît. « Les données archéologiques actuelles ne soutiennent en aucun cas la réalité d’une invasion aryenne ou européenne en Asie du sud », surrenchérit l’archéologue américain Jim Shaffer

Linguistiques ensuite. Jusqu’ici la plupart des linguistes étaient partis de l’hypothèse que l’alphabet du script de l’Indus était protodravidien, sans aucune relation avec le sanskrit, qui est associé aux Aryens; et que c’était un alphabet consonantique, c’est à dire dont les voyelles ne s’écrivent pas, mais se devinent suivant le contexte. C’est le cas de la plupart des scripts sémitiques anciens et même de l’hébreu et de l’arabe d’aujourd’hui, où aucun mot ne commence par une voyelle. Mais le linguiste et paléographe indien le Dr Natwar Jha, qui s’attache depuis 20 ans à décrypter les sceaux, partit de l’autre bout: il présupposa que le script était dérivé du sanskrit, qui possède lui des voyelles. Et si Champollion s’aida de la Rosette pour déchiffrer les hiéroglyphes égyptiens, Jha utilisa le Nighantu, un ancien glossaire védique, qui recense tous les mots sanskrits d’importance. Il remarqua rapidement que certains symboles du Nighantu se retrouvaient sous une forme plus évoluée dans le script de l’Indus. Ainsi, deux lignes qui ondulent parallèlement et représentaient autrefois une rivière, incarnaient dans le script de l’Indus la consonne N, première lettre du mot Nadi, qui veut dire rivière en sanskrit. Il découvrit finalement la clé du décryptage lorsqu’il réalisa que le langage harappéen était du sanskrit phonétique, qui ne possédait qu’un seul signe pour toutes les voyelles qui se situent en début de mot – l’interprétation de ce signe étant lié à la lecture du mot. Déjà, 2000 de ces sceaux harappiens ont été traduits et tout l’alphabet est en train d’être informatisé.

S’il est prouvé que ce décryptage est sans faille, ses conséquences sont incalculables. Tout d’abord, comme l’affirme l’indianiste américain David Frawley : « Il n’y a pas d’Aryens – ou plutôt les vrais-faux Aryens sont originaires des Indes ». Ensuite, il n’existe pas d’opposition ethnique entre les supposés Aryens et les Dravidiens, qui séparés par le plateau du Deccan (chaîne de montagnes qui divise l’Inde en deux), ont développé des caractéristiques raciales distinctes de par les conditions géographiques et climatiques particulières au sud et au nord de l’Inde. Ensuite, cela impliquerait que l’influence indo-aryenne (et non indo-européenne) s’est faite de l’Est vers l’Ouest. La langue élamite parlée en Mésopotamie ancienne, dériverait par exemple du script de l’Indus – et non vice versa comme on le pensait jusqu’ici. Alain Daniélou n’écrivait-il déjà pas il y a 25 ans dans son Histoire de l’Inde: « il semble naturel de considérer que l’étrange peuple non sémitique et non aryen qui est venu de l’Orient pour civiliser l’Occident était d’origine indienne ». Enfin, il faudra maintenant considérablement prédater la chronologie de l’Inde ancienne.

Mais ceci n’a pas encore convaincu les chercheurs du CNRS, dont l’Histoire de l’Inde moderne, parue en 1995 chez Fayard, et qui fait référence en France aujourd’hui, reprend le mythe de l’invasion aryenne . Cette Histoire de l’Inde pêche également par un très notable biais antihindou, s’attardant lourdement sur les splendeurs de la période moghole, alors que les empereurs moghols, y compris Akbar, était de sanguinaires tyrans. Aurangzeb, par exemple, dont l’histoire de l’Inde moderne nous dit «qu’il a concentré sur sa personne la haine des Hindous militants qui lui attribuent des destructions systématiques de temples et des conversions forcées massives… cette image manichéenne doit être sérieusement corrigée », était un monstre. D’après ses propres archives, il fit décapiter le gourou sikh Tegh Bahadur parce qu’il protestait contre les conversions forcées, exécuter son propre frère, Dara Shikoh, pour s’être intéressé à la religion hindoue et ordonna les destruction de tous les temples en Inde, dont le Kashi Vishvanath, un des plus sacrés du pays, celui de Krishna à Mathura, le temple de Somanth au Gujurat, ou le temple Treka-ka-Thakur à Ayodhya, et fit construire des mosquées à leur place.

Ce sont également les indianistes français qui sont responsables chez nous de l’étiquette « nationalistes hindous », (quelquefois même « fascistes ») dont on a dès le début taxé le parti du Bharatiya Janata Party. Si encore nos Indianistes, subventionnés par l’Etat (et le contribuable) toléraient la diversité de point de vue. Mais non, il y a terrorisme intellectuel : à la moindre déviation par d’autres confrères du “politiquement correct” sur l’Inde, on réplique avec force demandes de Droits de Réponse, lettres outrées à l’éditeur, ou même par des manœuvres pas très éthiques qui visent à museler l’impertinent. Résultat : les Français entendent toujours le même son de cloche sur l’Inde, car à chaque fois qu’un journal, ou une revue veut un commentaire sur l’Inde, pays lointain et rébarbatif par excellence, on se tourne vers le CNRS ou ses affiliés. Et l’influence du CNRS ne se fait pas seulement à Gauche, mais également dans des grands Quotidiens de Droite, dont les Services Etranger, quand il s’agit de juger l’Inde, tombent dans les mêmes travers, comme on l’a récemment vu, au cours de la visite du Président indien en France, lorsqu’un journal de droite s’est attardé lourdement sur « l’intouchabilité » de M. Narayanan à grand renfort de titres, de sous-titres et de chapeaux, et a laissé entendre que l’Inde « était gouvernée par des fanatiques hindous ». Ceci a énormément choqué à la fois le gouvernement indien et l’opinion publique en Inde, au point que le rédacteur en chef du quotidien en question a dû écrire une lettre d’excuses au Président indien (ce qui se sait en Inde, mais pas en France). Il aurait été mille fois plus intelligent et vrai d’écrire qu’en Inde, un intouchable peut aussi accéder au plus haut niveau politique, social et économique. Mais au lieu de cela les indianistes se sont fendus des habituels poncifs sur le sort « persécuté » des intouchables en Inde, ainsi que des minorités religieuses. C’est une vérité – mais c’est seulement une part de la vérité – car aujourd‘hui les différences de castes sont nivelées par la vie moderne : dans un grand hôtel de Delhi ou de Bombay, le brahmane et l’intouchable sont indistinguables l’un de l’autre. Les Français savent-ils que les brahmanes, tant honnis par nos indianistes, sont souvent pauvres et défavorisés ? Même Krishna, le dieu bleu chéri de tous les Indiens, était de basse caste. Cette affaire, qui a pris l’allure d’un incident diplomatique, pourrait même porter atteinte aux intérêts français, car c’est n’est pas seulement des Mirage dont l’Inde a besoin, mais aussi d’Airbus, de centrales nucléaires, ainsi que d’énormes investissements en infrastructures, besoins pour lesquels l’Inde pourrait maintenant se tourner vers les Etats Unis, surtout après le succès de la visite récente de Clinton.

D’ailleurs, en matière de politique étrangère française vis à vis de l’Inde, on peut là aussi remarquer les effets néfastes de la pensée islamisante et marxisante chère aux Indianistes: un Jacques Chirac, qui a étudié le Sanskrit dans sa jeunesse et sait la sagesse et l’ancienneté de la culture hindoue et bouddhiste, s’enthousiasme pour l’Inde, et y fait un voyage historique en 1998, en amenant avec lui les P.D.G. de toutes nos grandes entreprises. Plusieurs années après, le résultat est maigre: les Français investissent toujours dix fois plus en Chine qu’en Inde, alors que le géant indien, démocratique et pro-occidental, est un pari économique bien plus sûr à longue échéance. Il est vrai que les socialistes ont traîné la patte : Lionel Jospin n’a toujours pas fait de voyage officiel en Inde (on dit que les indianistes français lui ont conseillé d’attendre la chute du Gouvernement BJP, le conseil le plus bête qui soit) ; et Paris s’est même offusqué lorsque le Premier Ministre indien, M. Vajpayee, a demandé à la France, lors d’une interview accordée en mars 2000 au Figaro, “que les Français fassent un choix stratégique entre le Pakistan, petit pays islamique sous dictature militaire, et l’Inde, énorme nation démocratique et future Grande Puissance” (mais non : la France, qui n’aime pas qu’on lui donne des conseils, s’obstine à vendre des armes au Pakistan… qui ne peut pas les payer…).

Il est temps que cet état d’esprit change et que les indianistes français, dont la vaste connaissance académique de l’Inde n’est pas mise en doute, laissent à la place à d’autres regards sur l’Inde que le leur. Car d’une part, la nation indienne est un gigantesque marché d’une classe moyenne de 200 millions d’âmes et la future superpuissance d’Asie et d’autre part, il se pourrait bien que l’Occident ” découvre ” l’Inde en ce début de troisième millénaire, comme il a ” découvert ” la Chine après le voyage de Nixon. Il se peut que cette découverte se fasse d’abord par le biais d’Internet et de la programmation informatique, où les Indiens sont les meilleurs au monde (ça, c’est la révélation inattendue de ce début de 21ème siècle) et que ce soit par la porte entrouverte de cet avatar que s’évaporent peu à peu les préjugés qui s’attachent autant à l’Inde qu’ils s’attachaient à la Chine – même s’il sont différents : pauvreté, Calcutta, les mouroirs de Mère Teresa, la violence du sous-continent, les luttes inter-castes etc, préjugés qui sont constamment entretenus par les “spécialistes” de l’Inde en France. Nous découvrirons alors que l’Inde lance aussi des fusées dans l’espace, que 50 millions d’Indiens sont infiniment plus riches que nous, que le système des castes a son génie, ou que la pensée indienne a profondément influencé la philosophie grecque dont nous nous recommandons tous.

LES ECRIVAINS EN TANT QUE JOURNALISTES

Ce ne sont pas seulement les Indianistes de profession qui sèment la désinformation quant à l’Inde, mais aussi les écrivains qui se piquent de disséminer des connaissances sur l’Inde. L’enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on. Le livre qui a sans doute fait le plus de mal à l’Inde, qui a été un best-seller mondial et continue à se vendre chaque année par millions ( et dont a fait un film), c’est la Cité de la Joie de Dominique Lapierre. M. Lapierre, qui connaît bien l’Inde, a pris un petit bout de la réalité indienne – les bidonvilles de Calcutta – et a profité de l’ignorance du lecteur français et occidental, pour lu faire croire que ces bidonvilles de Calcutta, constituaient la totalité de l’Inde. Vous seriez étonnés de constater combien de Français débarquant en Inde et sont étonnés de voir des hommes d’affaire en cravates et des ordinateurs dans les banques, ayant pensé, après avoir lu la Cité de la Joie, que toute l’Inde n’était que bidonvilles. S’il est vrai que Dominique Lapierre donne une partie de ses droits d’auteur aux démunis de Calcutta, il est impossible qu’il ne soit pas conscient du fait que son livre ne fait que renforcer tous les préjugés et vieilles images qui s’attachent au sous-continent indien ; en plus, il fait appel à un complexe de supériorité complètement dépassé en ce troisième millénaire : le saint « blanc » qui apporte consolation (et le vrai Dieu) aux pauvres petits « noirs ». On trouve cependant en Inde d’autres missionnaires « blancs », tel le Père Ceyrac, vivant dans le sud du pays depuis quarante ans, qui ont réalisé l’indispensable syncrétisme de la foi chrétienne et de l’hindouisme, la religion – il faut tout de même le dire – de 800 millions d’Indiens. Le Père Ceyrac, qui parle couramment le Tamoul et est capable de lire dans le texte les Upanishads, les écrits sacrés de l’Hindouisme, affirme: “qu’ici, les gens ont le sens de Dieu, ils sont toujours à la recherche du ‘darshan’ de la vision de l’Au-delà”. Il ajoute enfin : “il y a longtemps que j’ai abandonné l’idée de convertir ! La parole du Christ, c’est dans l’action, dans l’allégement des souffrances des plus pauvres, des ‘Harijans’ (intouchables) ; ce que nous voulons donner, c’est la grâce d’aimer”.

Autre livre, dont le succès repose partiellement sur des affirmations mensongères. Cette nuit la liberté, toujours de Dominique Lapierre, mais cette fois en compagnie de Larry Collins, qui tient plus du roman que de l’histoire. Les auteurs font l’éloge de Mountbatten, le dernier Vice-Roi des Indes, alors que celui-ci avait non seulement pour mission de se débarrasser de l’Inde à tout prix, mais aussi d’encourager secrètement la partition du sous-continent, partition qui fit des centaines de milliers de morts. Tout le mérite de l’indépendance indienne est en outre accordé à Gandhi, alors que comme nous l’avons vu plus haut, ce sont les hasards de l’histoire, ainsi que les efforts courageux des premiers nationalistes, qui concordèrent à l’abandon du « joyau » indien par la Couronne britannique. Dans la même veine, mais en plus mièvre encore, « Pour l’amour de l’Inde », de Catherine Clément. Catherine Clément utilise pour trame les amours supposés de Jawarlhal Nehru, le premier leader de l’Inde indépendante et de Lady Mountbatten, la femme du dernier Vice-Roi, pour peindre une saga hautement romanisée de l’indépendance indienne. Exemple de dialogues : Il (Nehru) saisit doucement la tête d’Edwina entre ses mains, et lui baisa les lèvres avec ferveur. « Oui, fit-il entre deux baisers, oui, quand tu reviendras, meri janam, quand nous serons libres, quand tu ne viendras que pour moi, my love, oui… » (page 468). Non seulement, personne n’a jamais su si ces amours ont réellement eu lieu, mais Edwina était une névrosée nymphomane, qui n’avait aucune compréhension de l’Inde, Et même si ces béguins à l’eau de rose ont existé, Edwina symbolisait l‘attraction fatale que Nehru avait pour l’Angleterre et la peau « blanche » : « Nehru, écrit Alain Daniélou (qui l’a connu), était la parfaite réplique d’un certain type d’Anglais. Il employait volontiers l’expression “gens du continent”, avec une supériorité bienveillante et amusée pour parler des Français ou des Italiens. Il méprisait les Indiens non anglicisés, n’avait qu’une connaissance superficielle et restreinte de la culture indienne et son idéal était le socialisme romantique de l’Angleterre du XIXe siècle ».

Autre exemple d’aberration romancée sur l’Inde, qui malheureusement s’est vendue comme des petits pains : Devi, d’Irène Frain. Devi, c’est Phoolan Devi, une jeune fille de basse caste, le Robin des Bois de l’Inde moderne, façon féminine, qui fut violée par une bande de thakurs (fermiers de caste supérieure), devint chef de bande et revint dans le village pour massacrer ses violeurs. Irène Frain, qui fait de Phoolan une sorte de déesse enchanteresse, prétend l’avoir longuement rencontrée en prison et lui avoir même donné sa montre. Phoolan, elle, ne se rappelle de rien et en veut à Irène Frain de ne lui avoir jamais envoyé son livre, à défaut d’un pourcentage de ses royalties. Irène Frain n’est d’ailleurs pas la seule à s’être fait de l’argent sur le dos de Phoolan Devi, sans lui contribuer quoi que ce soit, car on ne compte plus les films et livres les plus invraisemblables à la gloire de Phoolan, qui dans la vie réelle se révèle quelqu’un d’assez grossier et ordinaire – surtout après s’être reconvertie dans la politique – une autre forme de grand-banditisme légal.

QU’EST CE QUE LE VRAI JOURNALISME ?

On nous ressasse constamment que le premier devoir du journaliste (ou de l’indianiste et de l’écrivain quand ils se font journalistes) est d’informer d’une manière impartiale, à la façon anglo-saxonne. Nous avons vu avec les exemples de l’Inde, que non seulement il n’en est rien, mais que sous une forme ou une autre, c’est le Mensonge qui se glisse, à demi ou en entier, dans les reportages, commentaires et livres des journalistes ou indianistes. Le journalisme contemporain, au lieu de nous informer, désinforme et crée ou entretient des mythes, des préjugés et des idées préconçues, qui deviennent ancrées dans l’esprit des gens et entravent notre appréciation d’autres cultures, d’autres religions.

La recherche de la Vérité devrait être le premier commandement du journalisme. Le journalisme devrait être un combat pour la vérité, une bataille contre l’asoura, contre le Mensonge, contre la perversion de la vérité. La véritable vocation d’un reporter c’est de faire voir au lecteur la vérité au-delà des apparences, qui sont souvent fausses, trompeuses, mensongères. Un vrai journaliste, lorsqu’il arrive sur le lieu de son reportage ou en face de la personne qu’il doit interviewer, devrait toujours faire fi de ses préjugés, de son atavisme, faire table rase de ses idées préconçues et de ce qu’il avait imaginé – et aspirer à percevoir l’essence de ce à quoi il est confronté. Beaucoup plus que cela, un reporter sincère devrait toujours faire appel à son intuition, à ce qui est en deçà du visible, pour pressentir l’atmosphère, dégager les forces subtiles qui imprègnent souvent un lieu, ou bien émanent d’une personne. Nous irons encore plus loin : dans certains cas, le journalisme peut se comparer à une guerre : tel un soldat, un journaliste se bat contre les idées préconçues, la mauvaise volonté, l’ignorance et la méchanceté qui s’attachent à une personne et à un pays ;un journaliste doit s’engager du bon côté dans la bataille entre les forces du Mensonge et celle de la Vérité, comme Malraux nous l’a montré en Espagne, ou Hemingway pendant la première guerre mondiale. La France a oublié que pendant la deuxième guerre mondiale, la grande majorité de ses journalistes et de ses écrivains ont soit refusé de prendre position dans ce très important combat pour la vérité, dont le sort du Monde Libre dépendait, ou se sont même rangés du côté des Nazis. Le talent ne sert çà rien s’il se met au service du Mensonge ; dans une valeur absolue, un Céline, aussi brillant ait-il été, ne pèse pas bien lourd aux côtés d’un Vercors, qui s’était rangé du bon côté – même si Céline occupe une place plus importante que Vercors dans le panthéon littéraire.

Aujourd’hui, l’Inde, méconnue, ignorée, rabaissée par les journalistes et les indianistes, se bat seule en Asie du sud contre une certaine forme de l’Asoura qui s’est incarné sous forme du fondamentalisme musulman ; elle représente également le seul rempart en Asie contre l’hégémonie chinoise, qui constitue elle aussi une véritable menace pour le monde du 21ème siècle. Le devoir d’un correspondant en Inde est de devenir conscient, durant les trois ou cinq années où il sera en poste, de cette réalité qui se situe derrière les apparences et d’en informer le monde, même si ce n’est pas politiquement correct à dire, même si cela ne vas pas dans le sens de ce que son rédacteur en chef (qui généralement ne connaît rien à l’Inde) attend de lui, même si cela correspond pas au macabre, sensationnel, ou folklorique exigé par l’audimat. C’est cela le vrai journalisme, le combat contre l’asura, pour que la vérité triomphe.

Il paraît donc évident qu’il nous faut former une autre classe de journalistes, car la présente génération ne semble pas remplir ces conditions, ni bénéficier de ces qualités intuitives. Nous sommes fatigués de ces reporters vieillissants, bedonnants, poivrots et cyniques que nous rencontrons aux quatre coins du monde – toujours les mêmes. Comment ? Il faudrait que nos écoles de journalisme en Occident, non contentes d’inculquer les meilleures techniques de reportage, ce qu’elles font très bien, sachent également conférer aux aspirants-journalistes une certaine éthique et surtout leur impartir la soif de la vérité. Pour cela, Il est temps que le journalisme contemporain se débarrasse de son carcan cartésien, ces œillères qui l’empêchent de voir au-delà de ses préjugés de sa petite mentalité étroite et occidentalo-centrée. L’Inde cette grande Cartésienne a beaucoup à nous apprendre. La méditation vipassana, par exemple, une technique bouddhiste d’introspection devrait être enseignée dans toutes les écoles de journalisme. Basée sur la simple observation de la respiration, cette technique aide à promouvoir le mental intuitif, en calmant peu à peu les soubresauts de notre intellect qui tourne toujours autour de lui-même. Le hatha-yoga, copié par tous les aérobics du monde, donnerait au journaliste le minimum d’endurance physique nécessaire à ses pérégrinations quelquefois fatigantes. Le pranayama, cette extraordinaire science la respiration, confère du tonus de l’énergie, ralentit les battements du cœur et active la circulation du sang.

5. L’INDE LEADER SPIRITUEL DU MONDE ?

Nous serions tentés de dire en conclusion: si, comme le pensait Malraux, la tâche de ce siècle est de « réintégrer les dieux », l’Inde ce vaste pays, qui a toujours reconnu que l’Unité se manifeste dans la Diversité, ce qui représente le vrai concept du polythéisme, si mal compris par l’Islam et la Chrétienté, pourrait jouer un rôle beaucoup plus important que nous le pensons dans les décennies à venir. Il faut donc, avec l’aide d’une nouvelle génération de journalistes et d’indianistes, que nous réalisions l’extraordinaire merveille qu’est l’Inde, qui non seulement est en train de devenir une super puissance en Asie, mais qui est le seul pays au monde qui ait réussi à préserver une réelle spiritualité, qui accepte Dieu sous toutes ses formes et nous enseigne que tous les chemins sont bons pour atteindre le Divin. Cette spiritualité, qui il n’y a pas si longtemps rayonnait de par le monde, des Celtes aux Egyptiens, des Chinois aux Grecs, a aujourd’hui disparu et a été remplacée par les dogmes et les convictions militantes de nos Eglises. L’Inde seule a préservé cette connaissance secrète et initiatique dans le secret de ses caves himalayennes, ou sur les ghats lumineux de Benares. Il faut donc que nous protégions l’Inde des dangers qui la menace. Car si l’Inde venait à mourir – aux mains de la globalisation, sous la menace chinoise, ou tout simplement parce que son état écologique est catastrophique – l’avenir de notre bonne vieille terre en serait gravement atteint.

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