Narendra Modi, le Putin de l’Inde

Indes

Narendra Damordas Modi, 63 ans, candidat premier ministériel du Bharatiya Janata Party aux élections générales d’avril prochain, est donné gagnant par tous les sondages. Il devrait donc devenir le prochain leader de la plus grande démocratie au monde.

« Madam aap beemar ho gayi hain. Shehzade ko kaam deejiye. (Madame, vous êtes malade. Il est temps que le régent prenne le pouvoir) », tonne M. Modi lors d’un meeting électoral récent. Narendra fait ici allusion à Sonia Gandhi, née Italienne, naturalisée Indienne, présidente du Congrès et éminence grise en Inde, souffrante depuis quelque temps, et qui veut absolument introniser son fils Rahul, le dernier de la dynastie Gandhi. Malheureusement, le Congrès, au pouvoir depuis 10 ans, est plutôt impopulaire en ce moment, car sa politique socialisante, à grands renforts de subventions populistes, a affaibli la croissance du PIB à 5 % – alors qu’elle était à 9%.

Narendra Modi, par contre, a fait de son état, le Gujarat, (Inde centrale, 60 millions d’habitants), un modèle économique, réduisant la bureaucratie et la corruption, lui construisant les meilleures routes d’Inde, le seul État à ne pas souffrir de coupures de courant. Du coup le PIB du Gujarat a triplé depuis 2001, (autour de 10 %) et le taux de pauvreté a été ramené de 40 à 11%,. Réélu trois fois avec une majorité écrasante, le Gujarat de Modi est devenu la destination favorite des grands groupes industriels indiens, séduits par le moto du ‘Chief Minister’: «ce n’est pas le business du gouvernement de faire du business».

Né dans une famille de basse caste, Narendra Modi a eu une enfance difficile, tenant une chai shop (échoppe de thé) près du terminal d’autocars à Vadnagar, ancienne capitale du Gujarat, terminant en même temps ses études secondaires. A 18 ans il veut devenir moine hindou et parcourt tous les Himalaya, ayant coupé avec sa famille, Mais il revient poursuivre un Master en Sciences politiques de l’université du Gujarat. Son diplôme en poche, il devient membre du RSS, l’organisation sociale hindoue, dont il grimpe rapidement les échelons grâce à ses remarquables talents d’orateur. Il est ensuite nommé secrétaire général du BJP, l’aile politique du RSS, puis premier ministre du Gujarat en 2001.

Il a la réputation d’être autoritaire, un forçat du travail, ne dormant que cinq heures par nuit, commençant sa journée à 5 heures du matin. Il exige de ses ministres une ponctualité et une honnêteté dictatoriales : « Le Gujarat est le seul état en Inde où les bureaux ministériels ne sont pas bondés de supporters venus demander des faveurs, car les ministres qui ont trop peur de Modi, ne reçoivent que ceux avec qui ils travaillent », sourit Kuldeep Laheru, un journaliste Gujurati. Narendra Modi est un hindou pratiquant qui fait du yoga, de la méditation et jeûne régulièrement.

Il est aussi un peu le Putin de l’Inde : nationaliste à cran, insistant sur le fait que la majorité de l’Inde est hindoue (80%) et que les minorités religieuses doivent accepter une nation à consonance hindoue : « Obama ne prête-t-il pas serment sur la Bible » a-t-il déclaré récemment. Narendra Modi fait également fort dans les réseaux sociaux : il tweete plusieurs fois par jour, gère de multiples réseaux Face Book, et est présent sur des millions de téléphones portables, les « smart namo » qui possèdent des applications sur son programme électoral.

Le facteur musulman
Officiellement les musulmans ne constituent que 15% de la population indienne, mais c’est sans compter les vagues successives d’immigration clandestine des Bangladeshis, qui viennent chercher de meilleurs salaires en Inde. Cette population bangladeshie, estimée à 80 millions, s’établit dans les états limitrophes du Bangladesh, tels le Bengale ou l’Assam, où ils submergent les populations locales. « Le Congrès et les communistes légalisent cette immigration sauvage en fournissant des cartes d’électeur aux Bangladeshis – contre leurs votes, bien sûr » explique Anjana Roy, une journaliste de Calcutta. Ainsi dans certains districts, les musulmans sont en majorité par rapport aux hindous et leur vote pèse lourd aujourd’hui. D’où l’acharnement de tous, y compris Narendra Modi, à les courtiser.

Cependant, il est peu probable que les musulmans votent pour Modi, car on le tient responsable des pogroms antimusulmans de 2002, qui furent déclenchés lorsqu’une foule de musulmans attaqua à Ahmedabad, la capitale, un train rempli de pèlerins hindous, à coup de cocktails Molotov et des bombes d’acide. 57 hindous, dont 24 femmes et enfants, furent brûlés vifs. Du coup les hindous du Gujarat – on parle de toutes les castes et même des femmes – descendirent dans les rues et tuèrent 2000 musulmans. Narendra Modi est soupçonné d’avoir laissé faire les massacres en contenant les forces de police deux jours durant.

Et la France alors ?
Les Français ignorent tout de Narendra Modi, ou bien ont une opinion de deuxième main, souvent basée sur les articles du Monde, hostile à Modi. « Pourtant si Narendra Modi devient premier ministre de l’Inde, comùente Kanchan Gupta, célèbre chroniqueur indien, il va se produire ici une importante libéralisation économique – et les pays occidentaux, dont la France, s’engouffreront alors dans la brèche pour équilibrer leurs investissements massifs en Chine». D’ailleurs, le 14 octobre dernier, l’ambassadeur de France, François Richier, rendit visite à Narendra Modi avec une délégation de chefs d’entreprise. Mais il est arrivé longtemps après ses homologues allemand, américain et britannique. Signe des temps futurs ?

De New Delhi, François Gautier

Encadré

Les élections au Lok Sabha (assemblée du peuple), ont lieu tous les 5 ans. Cette année, 530 députés vont être élus par 800 millions d’électeurs, qui vont voter en six phases, de la mi avril au début mai, dans 35 états répartis en 543 circonscriptions. Parmi ces électeurs, 150 millions de jeunes qui vont exercer leur droit civique pour la première fois. Sont donc principalement en lice : le parti du Congrès, fondé par un Anglais en 1901 et le parti nationaliste hindou du BJP. De nombreux partis régionaux tels l’ADMK au sud ou le Samajwadi au nord, exercent aujourd’hui un rôle important dans des gouvernements de coalition.

Comme toujours en Inde, les chiffres sont démesurés. Circonscriptions avec le plus d‘électeurs : Delhi Périphérie – 3,5 millions; avec le moins d’électeurs ; les îles Lakshadweep – 39033. Bureau de vote avec le plus petit nombre d’électeurs : Dharampur, en Arunachal – une personne. Candidat le plus âgé : 94 ans (R. Veerappa, Karnataka) Circonscription la plus haute : Anlay Phoo, Ladhak, 5000 mètres. Nombre d’urnes électorales : 25,25,595. Qui dit mieux ?
FG

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