RETRAIT D’AFGHANISTAN : ET SI ON JOUAIT LA CARTE INDIENNE ?

Inde. La visite de François Hollande en Inde, les 14 et 15 février, mal préparée, sans agenda véritable, hormis de vendre les Rafales, est passée presque inaperçue. Et s’il avait joué la carte indienne, post-Afghanistan?

En effet, depuis peu, les Etats-Unis ont réalisé que non seulement le Pakistan est un des créateurs des talibans et qu’il les a toujours soutenus par le biais de l’ISI (les services secrets de l’armée pakistanaise), mais aussi que tous les attentats islamistes de par le monde ont une connexion pakistanaise, à commencer par ceux du 11/9. Plus près de chez nous, Mohamed Merah s’est rendu pendant deux mois, durant l’été 2011, dans les zones tribales du Pakistan, où il y a rencontré des djihadistes et appris le maniement des armes.

Après le retrait des forces françaises et bientôt celles des troupes américaines, Washington s’inquiète donc de laisser l’Afghanistan de nouveau en proie à la tentacule d’Islamabad. Car beaucoup d’observateurs redoutent le retour au pouvoir des talibans après 2014, face à une armée afghane en proie à la désertion et l’infiltration des islamistes. Le gouvernement américain a donc commencé à regarder timidement du côté de l’Inde, le puissant voisin démocratique et libéral du Pakistan. Hillary Clinton avait d’abord incité les Indiens à investir économiquement en Afghanistan. New Delhi ne s’est pas fait prier : le gouvernement indien a déjà versé plus de deux milliards de dollars d’aide à l’Afghanistan pour y contrecarrer l’influence d’Islamabad. L’Inde a également signé en octobre dernier un  “pacte stratégique commercial et sécuritaire indo-afghan – le premier du genre jamais conclu – qui devrait renforcer de manière spectaculaire un axe Delhi-Kaboul qu’Islamabad a tout fait pour ébrécher.

 

Et la France alors ?

Allons donc, une fois de plus être à la traîne des Américains ? D’une part les enjeux économiques sont importants : la France n’est que le 21ème bailleur international de l’Afghanistan et le 24ème pays contributeur, alors qu’elle possédait le 4ème plus important contingent militaire avec 4.000 soldats. Les Américains entendent se tailler la part du lion du gâteau économique afghan : on parle d’un potentiel de 1.000 à 3.000 milliards de dollars rien que pour le secteur minier.

D’autre part, pour régler le problème Afghanistan, véritable poudrière qui a déjà coûté de nombreuses vies, russes, françaises, américaines, anglaises,  afghanes, nous ignorons l’Inde, l’alternative naturelle & démocratique, non seulement au petit frère pakistanais, qui a toujours été à tendance dictatoriale et islamiste, mais aussi à la Chine, qui a littéralement donné l’arme nucléaire au Pakistan et a ses propres visées sur l’Afghanistan (des milliers de soldats chinois sont présents dans la province pakistanaise du Gilgit-Baltistan, près de la frontière afghane

La politique étrangère de François Hollande vis à vis de l’Inde ne diffère pas de celle de ses prédécesseurs : on prétend soutenir la candidature de l’Inde au conseil de sécurité de l’ONU sachant pertinemment que la Chine s’y opposera, on loue les relations commerciales franco-indiennes, alors que nous ne sommes que les 9ème investisseurs en Inde (un Airbus et quelques Rafales par ci par là et l’espoir vain de vendre à l’Inde des centrales nucléaires, alors que ce sont les Russes qui se sont saisis du marché). Pourtant, l’économie indienne est la 4ª du monde en termes de PPA (Parité de pouvoir d’achat) et d’après l’EENI (The Global Business School), plus de 380 millions d’Indiens (72 millions de maisons) produisent une recette annuelle de plus de 10.000 dollars (en termes de PPA). Ils seront 550 millions en 2012, selon les estimations.

Ignorant ces chiffres, nous continuons de faire pression sur New Delhi pour qu’elle négocie avec le Pakistan l’épineuse question du Cachemire . Bahukutumb Raman, ancien directeur des services secrets indiens (RAW), estime cependant «  qu’un soutien français d’une présence commerciale et militaire de l’Inde en Afghanistan apporterait sûrement un facteur beaucoup plus stabilisateur en Asie du sud, qu’un appui sous-entendu au Pakistan, prélude sûr à un retour des talibans avec toutes les implications négatives que cela peut avoir pour la région ».

Après cette visite ratée, une refonte de la politique française vis à vis de l’Inde s’impose peut-être. Ce serait non seulement bénéficiaire à la paix en Asie du sud, mais aussi à l’amélioration de nos relations économiques avec l’Inde – aux dépens des Américains…

De New Delhi, FRANCOIS GAUTIER

*Auteur de « Quand l’Inde s’éveille, la France est endormie » (Editions du Rocher Oct 2012)

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